‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 94 sur 129 · EL GAROTTE. U · texte numérisé non relu

EL GAROTTE. U

LA JEUNM KiLLE. — Caramba ! il est bien dur , mes seigneurs, d'entendre ainsi calomnier un saint homme par un communero , un franc-maçon !

PLUSIEURS VOIX. — Un maçon! un communero! où donc , où donc le maçon ?

FLORÈS , pâlissant. — Par le sein de ta mère ! tais-toi y fille , ne plaisante pas ainsi , il n'en a pas fallu davantage pour faire assommer Pérès.

LA JEUNE FILLE. — Vous entendez , mes seigneurs, il connaissait Pcrès, qui reçut, par la grâce de Dieu, plus de coups de bâton que ce barbier hérétique n'a rasé de mentons dans sa vie. Voyez plutôt , il a un ruban vert autour du col ; par la Vierge qui me voit et m'éclaire! c'est un maçon! éloignez-vous, mes fils, éloignez-vous. ( Rumeur dans le peuple ).

PLUSIEURS VOIX. — A la mer le communero ! — Mort au maçon ! — A la mer !

FLORÈS. — Je VOUS jure , par le sang de la croix , mes compères , que ce ruban ne signifie rien , et que. . .

UN PAYSAV , le frappant. — Tiens , Garajo ! ah ! tu oses te mêler à la société des chrétiens !

UN AUTRE. — A toi ce coup ! et voyons si tes frères te secourent , demonio , appelle-les à ton aide.

PLUSIEURS VOIX. — A la mer ! — A la mer !

LA JEUNE FILLE. — Bravo ! mcs seigneurs, la Vierge vous bénira, rapportez son ruban vert et sa tête à l'Alcade , et les quadruples ne vous manqueront pas plus que les indulgences pour ce coi^èmc.

f FLORÈS, battu, poussé, déchiré, passe pour ainsi

1^ PLIK KT PLOK.

dire de maitu en main», jusqu'au rempart qtd est baigné par la mer ; là, un vigoureux Andalou h saisit, et le jette à l'eau en criant : ) -^ Dieu me sauve ! Ainsi meurent les maçons hérétiques et les constilutionncls , ennemis du roi absolu t

La t'ouLK. ^ Bravo ! «- Viva el rey absoluto !

UN MARiv. — Silence ! silence » mes fils , voilà , si je ne me trompe , le cortège qui commence à défiler. Vrai Dieu ! c'est un beau jour pour moi.

LX i»AVSA\. — Pour vous comme pom* tout le monde, seigneur mai'in.

LK MARm< — Plus beau pour moi , par saint Jacques ! M*ctais-je pas à bord du garde^côtes qui lui donna la chasse sous le commandement du capitaine lago ?

PLUSIEURS VOIX. — Gomment , , seigneur , vous avez assisté à cet effrayant combat ! Sainte-Vierge ! et vous vivez !

LE .\iARiN. — Heureusement nous avions communié la veille , mes fils , car sans cela le démon nous entraînait au fond des enfers.

UN PAYSAN. — Mais comment cela est-il donc arrivé , seigneur ? car enfin vous aviez coulé sa tartane, a-t-on dit.

LK MARIN. — ' Oui, compère , coulé comme une coquille de noix, et tout à coup elle a reparu derrière nous , couverte de flammes , et chargée de plus de dix mille démons qui jetaient le feu par les ycu)i et par Itt bouche !

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