EL GAROTTE
Juan qui m'est adi*essée. Voyez, mes seigneurs* lisez !
PLUSIEURS VOIX. — Nous ne savons pas lire. C'est un piège que nous tend Thérétique. — Le maçon, à la mer ! ce doit être un maçon.
(On se précipite sur le bourgeois; mais à ce mO' tnent les chants des moines qui accompagnent le cortège deviennent plus éclatants, et le peuple, abandonnant le bourgeois, qui se réfugie dans une taverne, se presse au premier rang. J
UNE FEMME. — Ah ! qucl bonheur, sainte Vierge! voici la procession. Nous serons bien, Juana, vois donc, presque à toucher l'échafaud. Dis donc, ma fille, il y a deux échelles.
JUAXA. — Sans doute, comme ce damné a autrefois commandé un vaisseau royal , on lui a fait la faveur de lui donner un escalier à part , il ne montera pas par celui du bourreau ; c'est toujours agréable.
UN HOMME. — Demonio ! quelle injustice , on accorde cela à un renégat , et on me le refusera peutêtre, à moi.
JUANA. — Vois donc, Pépa, voici son cercueil que portent les pénitents gris. Jésus! qu'ils sont laids avec cet œil qui brille sous leur capuchon.
PKPA. — Voici le boun*eau qui suit demère. Sainte Vierge ! il n'est pas laid pour un bourreau , le rouge lui sied bien. Seulement qu'il est pâle !
JUANA — C'est tout simple , c'est le bourreau de Cordoue, qui vient remplacer le nôtre ; il faut lui
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'laisser le temps de se reconnûire) ii est bien permis d'avoir un peu de timidité, car ici on n'est pas encore habitué à lui.
uy HOHMB. — Dites donc , commères , voyes-voos le Gitano?
JVAS.\. — Xon, mon fils. Voici les bannières du couvent de San-Jaan, et puis les sergents avec leurs carabines prêtes à faire feu, et... (s' adressant à FasillOt qui arrive enveloppé d'un manteau^ et qui la coudoie rudement.) Mais .prenez donc garde, jeune homme ; vous avez manqué de me renverser, sainte Vierge! Encore! allons, bien, mettez-vous devant moi , à toucher 1 ecbafaud , la meiilcnrc place. (BasàPépa) Jésus! Pépa, quel regard, ses yeux flamboient sous son chapeau.
péPA« — C'est peut-être le fils d'une victime du damné, et il vient rii'e à son supplice, c'est si naturel. Mais, le voici! Après mon jour de communion, certainement c'est mon plus beau jour, Juana. Sainte Vierge, je te remercie de ni'avoir si hiea placée !
PLUSIEURS VOIX. — Ah! bravo! — Demonio! Chien maudit! — A la mort le Gitano! — à la mort î
UN H0)ni6. — Je donne vingt piastres pour remplacer le bouiTeau.
m /(iiTRB. — J'en donne quarante, mais je veux l'égorger, qu'on voie son sang.
r\E KKxiiiK , jetant un riche reliquaire aux pieds dj l'Alcade. — Ce chapelet vaut vingt quadruples,
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j6 le donne à la Vierge, mais que je puisse le mettrcT à mort.
KASiLLo , écrasant le chapelet sous ses pieds, et saisissant violemment le bras de la femme, — SilencCf femme ! si tu tiens à la vie, silence !
LA FE.mfB AU CHAPELBT. — Selgueur Dîeu ! A l'aide ! ce garçon m'enfonce ses ongles dans la chair. Voyez, le sang jaillit.
piiUSiEURS VOIX. — Silence ! taisec-vous ; silence !
(Arrive le Gitane, chargé de fers ; il marche appuyé sur le prêtre ^ et il roule une branche de jasmin entre ses doigts.)
nii HO.\iiiE. — Enfin, le voici ! Savez^^vouB, compère, que \A bourreau est plus p&le que lui.
JUANA. — Jésus ! le renégat n'a pas voulu d'un moine ; il est accompagné d'un curé. Quelle corruption !
UNE VOIX. ^ Messeîgneurs qui êtes devant, et qui voyez, dites-moi donc comment il est vêtu ?
JUAXA. — Tout de noir ; il s'appuie sur le prêtre, car sa blessure a l'air de le faire soufTrir ; et puis ses fers le gênent» Jésus I au lieu de penser à l'éternité, il s'amuse à respirer le pai*fum d'un jasmin.
UN HO.MME. — L'infâme ! il ne sourcille point. A la mort ! à la mort !
LE PRÊTRE, soulevant la chaîne du Gitano* — Vous devez souffrir beaucoup, appuyez-vous sur moi. Hélas! nous sommes bien près...
iiK OIT .i\o. — Du terme de notre voyage , c'est vrai ; mais d'ici , la vue est riante ; on découvre
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toute la côte de San-Lucar, c'est un beau spectacle.
PLUSIEURS VOIX. — A la mort , le chien ! — Qu'on le coupe en moi*ceaux !
LE GiTANO. — On ne s'entend pas avec tous leurs cris ; dites-moi , mon cher curé, on a donc élevé dernièrement ces nouvelles batteries ?
LE PRÊTRE. — Oui ; mais songez. . .
LE GiTANO. — A la mort ! Eh ! mon vieil ami , voici le compère à la casaque rouge qui y pense pour moi ; c'est assez d'un.
UN HOMME. — Qu'on le crucifie ! qu'on le brûle à petit feu !
. LE GiTANO. — Vous ferez difficilement un peuple avec ces gens-là. Quel soleil pur ! quel beau ciel !
LE PRÊTRE. ^- Oui , mon ami , mon fils , le ciel ; pensez au ciel.
LE GiTANO. — Mais, nous voici arrivés; adieu, mon ami , encore votre main. Tenez , prenez cette fleur ; c'est tout ce que j'ai : gardez-la. Adieu , mon vieil ami.
LE PRÊTRE. — Ah ! avec ce courage, cette énergie ! quelle destinée vous avez manquée !
LE GiTANO , essuyant une larme. — C'est vrai , c'est un singulier destin.
VOIX DU PEUPLE. — Oh ! le lâche, il pleure. A la mort , le lâche !
LE GiTANO, continuant en souriant — Chose bizarre ! Par une amère dérision du destin , ce n'est que sous le couteau du bourreau que je trouve les aflcctions que j'ai si ardemment cherchées pendant
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tout une vie d'orages, que je trouve Fasillo, Rosita et vous : à quoi tient la vertu, pourtant? La vertu! vous m'y feriez croire, bon vieillard.
LE PEUPLE. — A la mort ! le damné ! l'apostat ! — On tarde bien î — A la mort !
LE BOURREAU. — SeigueuT Gitano, le peuple s'impatiente.
LE GITANO. — Je serais désolé de faire attendre sa seigneurie. (Il tend ses mains au prêtre.) Adieu, mon ami.
LE PRETRE. — Je ne vous quitte pas encore.
Le Gitano met le pied sur l'échelle y fasillo s'approche de lui, saisit sa main, et dit d'une voix sourde. — Adieu , commandant ! Vous serez vengé, vengé d'une épouvantable manière ; vengé sur toute cette infâme populace ; et par moi , par moi seul. Maintenant mourez, je puis voir votre mort sans pâlir. (Ici le jeune homme laisse tomber les plis de son manteau , redresse sa tête, ses joues sont pourpres , et il promène sur la foule un regard d'aigle,)
LE GITANO, à voix bosse en montant les degrés. — Adieu , caro mio Fasillo !
JUANA. — Sainte Vierge , Pépita , sais-tu que ce jeune homme aux yeux ardents a parlé au maudit.
viPA. — Je l'ai vu ; il lui a sans doute reproché quelque crime; car, vois que son air est radieux maintenant qu'on va mettre au cou du damné son dernier collier.
UN HOMME. — Ah ! voilà enfin le maudit sur le fau-
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teoil. Tu resteras long-temps assis là , si tu doi» te relever sur tes jambes , chien.
UN AUTRE. — Ah! Dieu soit loué, on lui mot le cou dans le collier de fer qui est fixé au poteau.
JUANA. — Sainte Vierge , mais ils vont serrer (Se retournant vers le peuple, J Muib^ mes seigneurs, on va déjà le garrotter?
UN HOiiME. — Eh bien ! . . .
JUAVA, — Mais il est sacrilège, il nous faut le poing; on nous trompe , on nous vole.
LE PEUPLE. — C'est vrai, le poing, le poing du sacrilège, le poing avant la mort! (Violents murmures, cris, tumulte; le bourreau, qui allait serrer la vis de rappel du collier de fer^ s'arrête. L'Alcade se consulte avec la Junte.)
L^ALCADE. ~ — C'est juste, nous Tavions oublié, nous sommes dans notre tort.
UN MEMBRE DE LA JUNTE. — AlorS UOUS n CU CdI-
rons jamais ; cela va encore durer deux heures , et chacun a ses occupations.
l'alcade. — Mon cher ami, nous n'avons pas déjà des occasions si fréquentes d'être agréables à ces criards pour manquer celle-ci. C'est l'affaire d'un moment , et l'on se popularise.
LE PRETRE, au Gitano, toujours attaché sur le fnv' teuil. — Mon ami, mon fils , pardonneï-leur, le fanatisme les égare.
LE GITANO. — C'est cc quo je vois. Ne m'en coupcra-t-on qu'un?
FASfLLO, d'une voix haute. — Bravo! peuple,