‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 97 sur 129 · EL GAROTTE. I · texte numérisé non relu

EL GAROTTE. I

bravo ! invente des tortures, tu seras largement payé.

JUANA. — Le pauvre digne enfant a raison , diea nous récompensera de notre zèle , sainte Vierge !

PASiLio T riant. — Oui , femme , Dieu ou le diable.

JUANA. — > Jésus , quel coup d*œll !

Ï.E PBUPLiî. — Le poing , le poing du sacrilège » du maudit!

l'algadb, au peuple. — Mes seigneurs, je réclame un peu de silence. (D'une voix glapissante. J La justice, vivant et sacré symbole de la Divinité, n'est pas un vain mot , non, mes seigneur^, la justice, vous la voyez représentée par les augustes membres de la Junte. Or, cette justice s'est toujours fait un devoir de se rendre aux vœux du peuple, sage défenseur de la religion et du trône.

LE PEUPL9. — Viva ! — viva !

l'alcade. — ■ Or, mes seigneurs, la Junte...

LE PRÊTRE , r interrompant, — Monsieur , au nom du ciel , songez que ce malheureux attend la mort , là , sur cet échafaud.

l' alcade. — Je sais ce que j'ai à dire. Or, mes seigneurs , la Junte a pesé, mûri , combattu dans sa profonde sagesse la demande que vous lui adressez ; et voyez, mes seigneurs, si le bien, l'intérêt, l'avantage du peuple n'est pas le seul mobile de toutes nos décisions ; voyez si les délégués de votre roi n'ont pas à cœur de suivre ses paternelles instructions, les paternelles instructions de celui qui vous porte dans son cœur comme une vaste famille. (V Alcade 8 attendrit ptir degrés.) Car il me l'a dit, messeigneurs,

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il me Fa dit à moi-même : — Je tous confie une partie de mes droits sur mes enfants. ( Il pleure. ) Songez que leur bonheur m* est cher avant tonte chose. ( Il sanglote. ) Gomme j*ai juré de faire votre bonheur, je tiendrai mon serment. Mais je me tais , mes seigneurs , je me tais , cai* les expressions me manquent; heureusement les faits y suppléeront. (Avec un touchant sourire mêlé de larmes. ) Vous aurez le poing , mes bons amis , vous aurez le poing.

LA FOULE. — Viva ! — viva el Alcade ! — viva el Rey absoluto ! — viva el Alcade !

l'alcade. — Bourreau , tu as entendu , agis.

LE GiTANO. — Enfin !

LE BOURREAU. — Non, mon seigneur.

l'alcade. — Comment ! *

LE BOURREAU. — On m*a fait venir de Gordou , on m'a dérangé de mes occupations , ce n'est pas ma faute , à moi , si le bourreau de Gadix est mort.

l'alcade. — Que nous fait cela?

LE BOURREAU. — Alon scigneur, on me donne vingt douros pour étrangler le condamné que voici , mais non pour lui couper encore le poing. Ajoutez dix douros , seigneur^ et je suis à vous.

LE PRÊTRE. — Quelle horreur, ô mon Dieu!

LE GiTANO. — Le drôle donnera une bonne dot à sa fille ; il entend les affaires.

l'alcade, à la Junte. — M'est avis, mes seigneurs, que c'est fort cher, dix douros. (Au bourreau.)

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Allons donc , Miko, bah ! un coup de couperet est bientôt donné, voyons, sois complaisant.

LE BOURRKAU. — Vous ne Taurez pas à un réal meilleur marche.

LE PEVPhE ^ jetant de l'argent. — Voilà, voilà les d^ donros ; le poing du sacrilège !

vs BOUCHER, agitant son coutelas, et se précipitant sur l'èchafaud. — Par saint Jacques ! je le coupe pour rien, moi , le poing ! et Fautre encore , et la tête, si Ton veut !

LE BOURREAU. — Gompèrc , vais-je tuer vos bestiaux , moi ? Chacun son état ; seelement prêtezmoi ce coutelas , si vous êtes chrétien.

(Le boucher redescend au milieu des bravos ; le bourreau ramasse soigneusement t argent, remonte, appuie le poing du Gitano sur le bras du fauteuil, lève le coutelas, la lame sijffle, le poignet totn/te à côté du prêtre, qui prie agenoidllê.)

LA FOULE. — Bravo! — Viva! — Mort à l'hérétique ! — Mort au sacrilège î

LE GiTAVo. — Je croyais que c'était plus douloureux, mon vieil ami.

LE PRÊTRE , se levant, et d'une voix sonore et retentissante, — Il était coupable devant les hommes^ ce martyre l'absout devant Dieu !

FASiLLO ^ se précipitant sur le poignet et l'enve^ lopparit datis son manteau. — Prêtre, tu ne dis pas tout : ce sang retombera sur eux ! — Adieu, commandant, il nte faut encore de la force pour te venger : je m'en vais, car une minute de plus, et J6

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mourrais là. ( Fasillo disparaît datis la foule,) PÉPA. — Qui appelle-t-H son commandant , ce jeune fou? Tais-toi donc, Juana, car voici le beau moment. Silence , silence !

On fait un profond silence.

Le prôtre se jette dans les bras du condamné ; le bourreau s'approche , passe au cou du Gitano le collier de fer qui s'adapte au poteau; puis il agit, au moyen d'un tourniquet , sur la vis de rappel , et le carcan , en se serrant contre le pieu , presse violemment le cou du patient. Encore wi tour, et le Gitano est étranglé ; à ce moment le prêtre lui jette un voile sur le visage et tombe à ses pieds en priant ; la foule crie bravo et se retire satisfaite. Le soir, quand le soleil se coucha den*ière la tour de la Douane , l'Alcade revint au pied de l'échafaud , où Ton avait laissé le corps du supplicié. Là il se découvrit, et , selon l'usage encore, le Gitano ne repondit pas, les valets du bourreau prirent son corps, qui fut jeté à la voirie et dévoré par les chiens.

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