‹ Comédies sociales et scènes dialoguéesChapitre 15 sur 86 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

La saJIe des Pus-I'erdus au Pal;iis-dc-Justicc. M. de Blciiac, lics-ngilt', se proini'iie avec un avocat.

l'avoc.\t. — C'est-à-dire, mou cber monsieur, qu'en agissant de la sorte, vous risquez tout bonnement de vous faire condamner à deux ou trois mois de prison , sans pour cela sauver votre pupille.

M. DE BLEXAC. — Comment , morbleu ! mon pauvre Edouard sera poursuivi et peut-être condamné sur les réquisitions, comme vous appelez ça, sur les

LE JUGE. âS

réquisitions d'un homme qui en a fait au moins autant que lui î

l'avocat. — Mais vous sentez bien qu'on ne peut pas porter un œil inquisitoire sur la vie privée. Dans le fonctionnaire, il y a deux hommes, mon cher monsieur, l'homme public et l'homme privé : vous ne voulez pas absolument comprendre cela.

M. DE BLKXAC. — Xon , morbleu .' je ne puis pas comprendre qu'un homme ait le front de venir accuser quelqu'un d'une faute quand il a commis la même faute.

l'avocat. — Vous sentez ])ien qu'avec ces idéeslà, mon cher monsieur, il n'y aurait plus de justice possible.

M. DE BLEXAC. — Ecoutez-moi : on va tout à l'heure appeler la cause de Saiût-Pierre, n'est-ce pas ?

l'avocat. — Sans doute.

51. DE BLEXAC. — Eli bien ! j'entrerai là, tout droit, et je dirai ce que j'ai vu.

l'avocat. — Eh bien, quoi ? qu'avez-vous \u ?

yi. DE BLEXAC — J'ai vu une fille avec laquelle il vivait , qu'il a poussée si fort , qu'elle s'est blessée au front.

l'avocat. — Cette fille a- 1- elle porté plainte contre lui ?

M. DE BLEXAC. — Je u'cu sais rien.

l'avocat. — Si elle n'a pas porté plainte, quavezvous à dire ?

M. DE BLEXAC. — Comment!.... J'ai à dire que mon pauvre Edouard a bien pu faire par un gêné-

reux emportement ce que son juge a fait par mauvaise honte ; or, si le tribunal excuse la conduite du juge, il faudra bien aussi qu'il acquitte Edouard ; c'est tout ce que je veux.

l'avocat. — Vous avez , en vérité, une singulière idée des choses. Encore une fois, en admettant que AI. de Clerville soit coupable, cela ne fera pas que votre ami soit innocent ; cela ferait tout au plus , si vous étiez écouté , qu'au lieu d'un coupable il y en aurait deux... Alais d'abord, on ne vous laissera pas parler.

M. DE BLEVAC. — Comment, on ne me laissera pas parler !

i.'avocat. — A quel tilre parleriez-vous ?

^i. DE BLEVAC, — A qucl titrc !

i/avocat. — Oui.

:m. de ulenac. — Comme ami do mon pauvre Edouard , parbleu ! !

l'avocat. — Soit Mais au premier mot que

vous direz de la vie privée de M. de Clerville, on vous fermera la bouche.

M. DE BLEWAC. — On me fermera la bouche î ab ! cordieu ! nous verrons ça.

l'avocat. — Et si vous insistez , on vous fera sortir de l'audience, et on vous condamnera à (pielqucs mois de prison...

AI. DE BLEVAC. — Ail ! c'cst trop fort ! Comment , je ne pourrai pas dire : Vous ([ui accusez, vous avez fait pis ?

l'aiocat. - — \on.

M. DE BLE.VAC. — Alais c'cst Une infamie ! qu'estce donc alors que la justice des hommes ?

l'avocat. — Que roulez-vous ?ça ne peut pas être autrement : un juge, un magistrat est toujours un homme, après tout.

M. DE BLEVAC. — ^lais, mille diables ! il ne doit être ni faible ni vicieux, dans cet état-là. Qui le force à être juge ?

l'avocat. — C'est comme ça, pourtant.

v\ ixcovxL , s' adressant à M. de Blenar. — Eh bien ! monsieur, on appelle la cause de votre ami. Allons , allons.

l'avocat. — Surtout, monsieur, rappelez -lous mes conseils.

il. DE BLEXAC. — Oui , pour ne pas les suivre.

l'avocat. — Faites comme vous l'entendrez, monsieur.

5G COMUDIES SOCIALES.

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