‹ Comédies sociales et scènes dialoguéesChapitre 22 sur 86 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

KPAMIXOXDAS, IMKKHK.

riKHKK — Monsieur, cette dame ùj^ee...

Ki»A.\ii.\o\i>\s, sans lerer la tète. — Faites entrer. ( Le domesfiffue sort. )

KrAMi\().\i»AS. — Ah! quel ennui! encore des supplications, dos pleurs!... Voyons le nom. (// /it le dossier.) C'est à madame (jermeuil, mère de l'accusée, madame Bonneval, que je vais avoir affaire.

Ki'AMiNOM'AS , apercerait! madame (îraxset , fait nu hond .sur son fauteuil. — Diable ! je n'y suis pas! je n y suis pas!

MAi»\MK CR^ssKT, entrant. — Je conçois que vous ne m'attendiez pas, monsieur. {Le domestique sort.)

ki'AMi.vovDAS , à part. — Mt moi qui suis assez bète pour dire à cet imbécile de Pierre une femme àjjée ! sans penser qu'elle aussi est âgée et qu'il ne la connaît pas! (Haut.) Madame! ab ' madame! quelle horrible imprudence !

MXiiAAii. (;mssKT, arec amertume. — Vax vérité, monsieur, vous croyez...

Kivmi\t»\i)AS. — Kulalie ! je vous en conjure, ne restez j)as ici un moment de plus ; j'attends à cette heure une personne...

LE JLIJE. 15

.MADAME GRASSET, éclatcifit. — Ldc hialc'.' j'en étais sure !

Ki'AMixoxDAS. — Je VOUS jure , Eulalie, que c'est une personne que le ministre m'a recommandée.

MAUAJiE GRASSET. — \ ous mentez ! c'est une rivale. Ainsi, voilà le motif qui vous a fait m'écrirc cette lettre , cette affreuse lettre 1

ÉrAMixo.vDAS. — Je vous jure que ce n'est pas une rivale, Eulalie. Je vous en supplie encore une fois, songez donc que j attends quelqu'un.

MADAME GRASSET, s'asseyaiit. — Et moi, c'est justement pour cela que je reste.

ÉPAMi.vovDAS. — Mais vous vous perdez ; cette personne que le ministre ma recommandée peut vous connaître... et mon caractère... et ma position...

MADAME GRASSET. — Ail I c'cst maintenant que vous y songez... cela fait pitié... Encore une fois je reste. D'ailleurs , j'ai aussi à vous parler du ministre.

ÉPA.MixoxDAS, stupéfait. — Que voulez-vous dire?

MADAME GRASSET. Je Sais tOUt.

ÉPAMixoxDAS. — Quoi?... quc savez-vous?

MADAME GRASSET. — Je sais tout, VOUS dis-jc ; mais ce mariage ne se fera pas. Ah ! vous croyez , monsieur, VOUS servir des gens pour parvenir, et les sacrifier après , avec la plus noire ingratitude. Xon , non ; j'ai une tête , Dieu merci , et ce mariage ne se fera pas ; et c'est moi qui vous le dis , entendezvous ? il ne se fera pas.

ÉPAMIXOXDAS , avec wipatience. — Madame. . .

.MAD.A.ME GRASSET. — Oh! CCS airs-là ne m'effraient

pas, moi! D'abord je reste ici; je veux voir cette femme, car c'est une rivale, j'en suis sûre.

Ki'AMivnxoAS. — Je vous jure...

MADAAFK f.RSSKT. — Alors pourquoi la recevez-vous ici?

Ki'A.\ii.\(»\i)AS. — Parce qu'on répare mon salon ; vous pouvez vous en assurer, c'est la seule raison.

MU)AMK (iinssKT, inoiitvant un des rahiiirts fie i alcôve. — Kh bien ! je vais me cacher clans im de ces cabinels-Ià , et je verrai bien si vous mentez.

ki'aminoxhas. — Mais sonj^ez donc que mon domestique vous a vue entrer ; quand il introduira cette autre personne, ne vous voyant plus ici, que pensera-t-il ?

M\inMK (iiussKT. — l'iuvoyez votre domestique en commission ; et vous ouvrirez vous-même à cette belle solliciteuse.

Ki'UfivovDAS. — Mais je vous répète que cette belle solliciteuse est une femme àj]ee , qui vient m'intéresser à sa fille.

MAUA.MK (iRASSKT. — Alors je la verrai , car je vous répète que je reste, je ne sors pas d'ici... J'ai d'ailleurs à vous parler ; je sais que vous ferez tout au monde pour m'éviter désormais : aussi , puisque j'ai ris(|ué une imprudente démarche, j'en veux au moins recueillir le fruit, et vous dire tout ce que votre infâme conduite mérite...

KPAMivoxDAS. — Madame 1... Kulalie ! je vous en supplie...

MiDAAiE (iUASSKT. — Cela ne sert de rien ; je vous

ai (lit que je resterais , et je resterai : vous me connaissez?... Allez donc renvoyer votre domestique.

KP unsasDAii , furieux. — Il faut bien faire ce que vous voulez ! (Il sort et revient aussitôt. )

JiADAME GRASSET. — \'oilà donç , monsieur, votre o[ratitude pour les services que je vous ai rendus î

KPA.AiixoxDAS. — Madame. ..

MADA^iE r.R.ASSET. — Oscz diro que ce n'est pas à moi que vous devez votre position ?

KP.AiiixoND.AS. — Ln bienfait reproché...

MADAME GRASSET. — Oui , je VOUS le reproche, et j'en ai le droit ; car vous vous conduisez envers moi comme le plus odieux des ingrats, vous rompez avec une brutalité qui n'a pas de nom , vous... ( On entend sonner. )

ÉPAMivoxDAS. — Je vous l'ai dit , c'est cette personne... Pour Dieu ! cachez-vous là, et ne remuez pas.

AiADAArE r;RASSET. — Prenez-y garde, on ne me trompe pas impunément 1 ( Elle entre dans le cabinet. )

KPAMixoxDAS. — Au diable les sollicitations et les solliciteuses ! je suis d'une humeur ! . . . ( // ra ouvrir. )

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