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SCÈNE IV

Mailamf (ïprnipuil a rinqunnle un», isl niue de noir; clip porle rps rlip\eu\ f^ris hoocli-s. Fis(nre noble, doare el Irisle.

Ki'AMiNoxhAS , avec uur i.i jnrss'ioii il humour itxil rnnfentir. — X'euillez vous asseoir, madame.

\niMMK (;kr\iki II. , tremhlfiiitf rt 1rs hrmrs /lu.r i/fiir. — (iVst à M. do (]l«Mvill(' que j'ai l'honneur de parler ?

KiMMiNovins, /trusfftiriNftif. — Oui, madame.

M\i>\MK cKRMKiii., fn.\-fi/nir. — Monsieur, voici une lettre de M. le ministre de la justice.

KivA^rivovn^s sn/ne tt lit. — {A part. ) (l'est cela même , le bas de la sijjnature recourlié en crochet , ce qui sij^nifie : ne pas avoir e;[ard h lu reconimatidation ; j'en «'tais sûr. .Allons, (h'harrassons-nous-cn \v plus tôt possible. Quel ennui !... VA Kulalie encore qui est là ! ( Ifnnf rt d'itn oir tjlfiri/if a/nrx oroir lu.) Madame, je serai toujours heureux de pouioir avoir é<^ard à la recommandation de M. le ministre , autant du moins que cela sera compalihle avec mes devoirs et avec l'impartialité (pii doit raractt'riscr mon ministère...

MUMMK (iKRMKi II,. — -Ml ! mousieup ! ce?i sejileniont justice que je demande pour ma fille! justice, monsieur, hélas ! et rien de plus.

LE JUGE. -.g

KP.iMi.vovD^s. — Et c'est aussi la justice, la stricte et sévère justiceijui décidera, madame, du sort de madame votre fille ; mais, je vous l'avoue , je viens de parcourir de nouveau et fort attentivement le dossier de l'affaire Bonneval ; la culpabilité me parait grande , flagrante même ; les lettres prouvent l'intimité la plus criminelle, l'oubli le plus complet des devoirs les plus saints et les plus sacrés.

MADAAiE GER.MEiiL. — Ail! monsieur, ne pensez pas cela... ces lettres , je vous le jure , sont la seule faute de ma pauvre enfant .' et encore, monsieur, si vous saviez tout ! combien elle vous paraîtrait peutêtre excusable !... {timidement.} mais je crains d'être indiscrète.

ÉPAMi.voxDAS , d'ini air sec. — Madame, je me dois à moi-même d'éclairer autant que possible ma conviction ; je vous écoute. (A part.) Allons, m'en voilà pour une bonne beure à entendre pleurnicher. (// regarde avec inquiétude la porte du cabinet où e.<it cachée madame Grasset.)

iiADAME GERiiEL IL , essuijaut ses lurmcs , et d'une voix émue. — Vous saurez , monsieur, que ma fille s'est mariée , il y a environ cinq ans , à M. de Bonneval, mon mari vivant encore... Que Dieu lui pardonne ! mais ce fut lui qui contraignit ma fille à ce mariage , qui fut absolument un mariage de convenance ; la pauvre enfant fit dans toute l'étendue du mot un grand et douloureux sacnfice à d'impérieuses exigences de famille. ^I. de Bonneval avait plus du double de 1 âge de ma fille, monsieur; ses habitudes,

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SCS goûts n'étaient pas les mêmes ; mais elle se résigna , et , renonçant à des espérai^es bien chères à son cœur et autrefois formées , elle obéit à son père. Au bout de six mois de mariage , ^I. de Bonneval déclara à sa femme qu'il désirait qu'elle habitât la campagne l'hiver et l'été; ma fdle y consentit, et nous allâmes nous établir à dix lieues de Paris, dans une terre que je possède. M. de Bonneval, qui avait toujours conservé un pied-à-terre à Paris, s'y rendit d'abord une fois ou deux par semaine, puis ses absences devinrent de plus en plus fréquentes ; il ne parut plus guère à notre terre qu'une fois par quinzaine, puis une fois tous les mois ; enfin, monsieur, il resta souvent deux ou trois mois sans quitter Paris et sans venir nous voir...

KPA.AiiNOXDAS. — Peut-êtrc ses affaires exigeaientelles de lui ce sacrifice , madame ?

MAnAAiK (iKR.MKiiL. — Scs affaires? non, monsieur, il n'en avait pas ; sa fortune et celle de ma fille lui permettaient de vivre dans la position la plus ind(''pendante ; mais, hélas! ce qui le retenait, monsieur, c'était une honteuse et criminelle liaison. Oui , monsieur, telle est la cause (jui l'éloignait ainsi dune femme jeune, belle et vertueuse.

KivAAiivoxnAS. — Ceci , madame , est-il bien avéré au procès ?

MADAAiK GERAiEiii.. — Mousicur, il cst dcs secrcls de famille si flétrissants , qu'on répugne à les mettre au arand jour ; pourtant, si , ne reculant devant aucun scandale, M. de Rotme\al poussait les choses à

l'extrémité , comme à tout je préfère la justification de mon enfant, ces preuves, si infâmes qu'elles soient , seraient fournies , car alors je n'hésiterais plus... Enfin, monsieur, nous vécûmes ainsi dans l'abandon le plus complet. Ma fille ne se plaignait pas , mais elle souffrait cruellement ; le chagrin la minait sourdement, sa santé s'altérait. Trois ans se passèrent ainsi. Près de ma terre se trouvait une maison de campa^'rne autrefois habitée par M. de Surville , un de nos plus anciens amis ; des projets d'union entre son fils et ma fille avaient été presque arrêtés, lorsque d'impérieuses circonstances forcèrent mon mari à les rompre , ainsi que je vous l'ai dit, monsieur, et à supplier sa fille de s'unir à AI. de Bonneval. ?il. Ernest de Surville partit désespéré pour un long voyage ; son père mourut, et après trois ans d'absence il revint en France. Des intérêts de fortune l'appelèrent dans notre voisinage... Il vint nous voir... Hélas! monsieur! je le sens, je commis là peut-être une grande faute... J'aurais dû le supplier, comme je le fis plus tard , de cesser ses visites ; mais que voulez-vous, monsieur? .l'étais et je suis encore si confiante dans la solidité des principes de ma fille , nous étions si seules, si isolées... Et puis, M. de Surville était presque un parent pour nous, ayant été pour ainsi dire élevé avec ma fille... ÉPAMixoxDAS, durement. — Vous fûtes sans doute bien coupable , madame ; ne deviez-vous pas prévoir combien la jeunesse est faible ? ne deviez-vous pas craindre que ces feux mal éteints ne se rallumas-

sent un jour en une flamme criminelle et adultère?

MADAME ger:\iei IL , avcc âUjuité. — Xon , monsieur, je ne pouvais croire cela... je ne pouvais soupçonner ma fille capable d'oublier ses devoirs, et elle ne les a pas oubliés non plus.

KPAMixoxDAS, avec impatience. — Mais, madame, les lettres qui sont au dossier du procès prouvent le contraire.

MADAME GERMEi IL. — Ab 1 liscz-les , monsicur ; ce sont elles que l'on produit pour accuser ma lille !... et ce sont elles que j'invoque , moi ! pour la défendre. Sans doute elles expriment l'affection la plus tendre, mais aussi la plus pure et la plus chaste...

KPAMixoxDAS. — Madame , ces lettres fussent-elles ainsi que vous le dites , ce premier pas mène toujours à un complet abandon des devoirs, et d'ailleurs n'en est pas moins condamnable et patent... car la justice , madame, admet comme preuve formelle une pareille correspondance.

MADAME CERMELIL. — Mais cck est impossible, monsieur! je m'adresse à la sincérité de votre cœur, ù l'élévation de votre ùme , à votre esprit sérieux et éclairé, à tout ce qu'il y a de respectable et de sacré dans le caractère dont vous êtes revêtu ; je vous en conjure ! relisez attentivement ces lettres , monsieur... Leur expression est telle qu'on ne s'y peut tromper ! Ah ! quand il s'agit de l'honneur d'une femme et de celui de sa famille , monsieur, on doit peser bien mûrement non-seulement le sens rigoureux de chaque mot , mais l'ensemble , mais l'esprit

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général d'une pareille correspondance ; et je défie , monsieur, l'esprit le plus prévenu de trouver une ligne qui prouve chez ma fille l'oubli de ses devoirs... C'est un échange tristement affectueux de nobles sentiments... c'est l'impression d'un regret poignant de voir le bonheur que ces deux enfants avaient rêvé à jamais évanoui... Ce sont de bien douloureuses confidences, monsieur... mais, encore une fois... rien de criminel ne s'y révèle 1... Ah ! croyez-en le cœur d'une mère, monsieur! si mon enfant était coupable, je pleurerais avec elle, je la consolerais... (avec une haute dignité) , mais je ne m'abaisserais pas à venir mentir et supplier...

ÉPAMiNONDAS, sèchemeiit. — Je sais l'étendue de mes devoirs, madame, et je n'y ai jamais failli... Je vous le répète, c'est avec la plus scrupuleuse attention que j'ai lu ces lettres , et , lors même qu'elles peindraient seulement les sentiments que vous dites, on doit toujours craindre que la chasteté calculée de l'expression ne cache un sens criminel... Cela est une triste vérité, madame, mais les liens sacrés de la morale se relâchent chaque jour. La corruption étend partout ses honteux réseaux , et la société, alarmée dans ses intérêts les plus sacrés et les plus religieux, demande hautement le châtiment des audacieux qui la bravent.

MADAME GERMEiiL. — ilais... mou Dicu ! mousieur, ma fille n'est pas coupable... je vous dis qu'elle n'est pas coupable... Relisez ces lettres... par pitié... relisez-les... et vous verrez...

KPAMFXO.VDAs, se îevaut accr impatience. — \.e tribunTal décidera, madame; mais la sévérité de mon caractère m'oblige à vous dire qu'un crime aussi dangereux que l'adultère demeure malheureusement trop souvent impuni. Paré de toutes les séductions, de tous les prestiges du vice, il attaque la société dans ses racines les plus profondes , la sape sourdement; et souvent de moins grands coupables

sont piinis plus sévèrement {S'a)iimant ). Car

enfin, madame, l'ouvrier poussé par la faim qui vole... l'homme égare par la haine qui attente à la vie de son semblable sont de grands criminels, d'épouvantables criminels, sans doute ; mais au moins la passion ou une effroyable nécessité les pousse souvent à ces crimes horribles ! Mais dans l'adultère ! madame, dans l'adultère, juste ciel ! on ne trouve pas même cette effrayante excuse!... Qui peut, qui ose pensera justifier ce honteux et froid calcul qui, pour satisfaire une passion indigne, presque toujours née dans le luxe et l'oisiveté, foule aux pieds les liens les plus sacrés?

MAitXME r.F.RMEiFL. — Alais , mon Dieu, ma fille n'est pas coupable, monsieur; toute sa faute, si c'en est une, a été d'écrire ces lettres, (|ui devraient l'absoudre, monsieur, puisqu'elles sont remplies de tristesse et de résignation. Sans doute elle avoue son amour sans doute elle parle de ses cruels chagrins... sans doute elle se plaint du sort qui la pouvait faire si heureuse et l'a faite si malheureuse

mais aussi, monsieur, chaque page, chaque ligne

dit , prouve que ma fille n a jamais méconnu ses devoirs.

KPA.Mi.vo.VDAji. — Madame, je vous le répète, souvent la prudence ordonne de ces feintes réserves.

MADAME GERMELiL, indignée. — Ah! monsieur,

qu'avez-vous dit? Lorsque l'innocence est aussi

évidente, pourquoi, mon Dieu ! vouloir présumer le crime ?...

KPAMixoxDAS, scvèrement. — Madame, la justice doit soulever toutes les apparences, et jeter un coup d œil impartial sur les faits évidents qu'elles peuvent dissimuler.

.A[Ai)AMK GERJiELiL. — Mais, monsicur, l'horrible abus que M. de Bonneval a fait de la sainteté du domicile est aussi un fait évident ; venir pendant la imit enlev(-r ces lettres par la violence! La séduction qu il a employée auprès d'un des gens de M. de Surville pour en obtenir la correspondance de ma pauvre fille, cela n'est-il pas aussi un fait évident ?... Cela ne prouve-t-il pas une intention calculée de rompre scandaleusement une union qui , dans un temps, parut indispensable à M. de Bonneval, et qui maintenant lui pèse et lui est odieuse ?

Kr.A.AHxoxDAS. — Madame , ^L de Bonneval est dans toute la plénitude de son droit. X'est-il pas attaqué dans son honneur, dans ce que l'homme a de plus sacré au monde ? Or, madame, la loi. qui permet à l'homme offensé de tuer le coupable d'adultère, admet toute preuve. Chaque expression tendre, bien que résignée, n'est-elle pas un horrible outrage

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pour M. de Bonneval ? et en admettant même , madame, qu'il ait oublié ses devoirs, est-ce une raison pour que sa femme oublie les siens? Xe doit-elle pas au contraire redoubler de dévouement pour le ramener près d'elle?... Ces lettres, au lieu d'être écrites à un audacieux séducteur, n'auraient-elles pas du être écrites à son mari ?... Eh ! madame, si elle y avait déployé la moitié de la tendresse et de l'affection qu'elle a déployée dans sa criminelle correspondance, j'en ai la conviction , ^I, de Bonneval , reconnaissant ses torts, serait revenu à elle... Mais au lieu de cela, que voit-il?... l'éloignement, peutêtre même de la haine cachée sous les semblants d'une résignation perfide... Alors, madame, fort de ses droits sacrés, irrité justement des coupables projets de celle dont la divinité et la loi lui ont garanti la fidélité à la face de la société, il la cite au tribunal de la justice, et la justice doit prêter son appui au mari outragé.

MADAME r.KRjrKuii, , cwcc iiiie angoisse douloureuse. — Ainsi, monsieur, mon enfant vous paraît coupable... ainsi, sur votre requête, elle sera traduite sur le banc de l'infamie... Oh ! monsieur, monsieur, pitié... pitié... ayez pitié d'une pauvre mère relisez ces lettres...

ÉrAMiNONDAS , avcc hnpalicncc. — Eh ! madame, croyez que j'éclairerai ma conviction par tous les moyens possibles... mais je suis désolé de vous dire que mes moments sont comptés... l'audience...

MADAME GERMELiL, se Ictaut CWCC uue expi'ession

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de découragement profond. — Je le vois, monsieur. . . tout ceci a été vain... vous croyez mon enfant coupable... De ce moment, monsieur, toute nouvelle supplication serait indigne de ma fille et de moi. (Arec dignité). Je me retire, monsieur... et je n'espère plus que dans l'impartialité des juges.

Épaminondas la reconduit avec une froideur glaciale jusqu'à l.» porte de sa chambre et la salue profondément. Quand madame (jermeuil a disparu , madame Grasset sort du cabinet ; elle parait trés-émne et essuie ses larmes.

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