SCÈNE V
Madame GRASSET, ÉPAAIIXOXDAS.
ÉP.A.Aii\OM)AS , rentrant, souriant. — Eh bien I vous le voyez , ma chère Eulalie , était-ce une rivale ? hein , méchante ?
MADAAIE GRASSET. — Ah ! VOUS êtes bien infâme !
ÉPAMixoxDAS, stupéfait. — Que voulez-vous dire, madame ?
MADAME tiRASSET. — Ce quc je veux dire I recevoir aussi sèchement, aussi brutalement cette malheureuse mère ! oser lui débiter impudemment vos lieux communs de morale; et cela sans rougir, sans remords I quand vous avez là, dans votre chambre,
une femme qui , pour vous, a oublié tous ses devoirs ! Ah ! c'est à mourir de honfe.
Ki'.ijri.vo.VDAS, gravement. — Je ne vois pas, madame , en quoi j'ai dit à cette dame quelque chose dorit j'aie à rougir.
.aiai)a:\ik fTRASSKT. — Comment! cela n'est rien? comment ! déclamer comme vous venez de le laire contre l'adultère, tandis que je suis là, tandis que... Allez 1 allez ! tant d'audace et de fausseté me font frémir... Je vous haïssais : maintenant je vous méprise.
Ki'.AAiixoxnAS, avec îin air grave et sèi-ieux. — Eh bien, madame! puisqu'il faut vous l'avouer enfin, je n'ai rien dit à cette dame dont je ne sois, à cette heure, profondément convaincu, intimement convaincu, et je suis ravi que vous m'ayez entendu, car ce n'est pas sans inlenlion que j'ai parlé si haut.
:\i\i)\.MK ciMSSKT, stupéfaite. — \ ous osez me dire cela, à moi, et me regarder en face?
KPA.Aii\oM)\s, avc( componction. — Oui, madame, j'ose vous dire une triste vérité, car nous avons tous deux été coupables, bien coupables, madame; un tel scandale ne pouvait pas durer. Il fallait un terme à cette liaison criminelle, et je n'avais pas assez d'indignation, pas assez de colère pour condamner ces liens réprouvés par la morale. Dans la position où je me trouvais, dans la vôtre, madame, il me fallait sans doute un grand courage pour flétrir moimême mon indigne conduite. Ce courage, je l'ai eu, madame.
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AtADA.ME GRASSKT. — Qu'entends-je !
KPA.AH.voxD.AS. — Oui, madame, apprenez enfin que depuis longtemps ce contraste entre ma vie privée et les principes de morale que j'étais continuellement obligé de soutenir me déchirait l'àme et me couvrait de confusion.
Am)A:\iK GRASSET. — Et c'est après cinq années que vous réfléchissez à cela, monsieur! voilà qui comble la mesure! Quelle fausseté ! quel odieux subterfuge!
Ki'A.MixoxoAS. — En un mot, madame, je suis décidément résolu à changer une vie jusqu'ici criminelle, et à chercher dans des liens consacrés par la religion, assurés par la loi, un bonheur pur de tout scandale.
WAiiAME (jR.ASSET, (ivec iiuc voge froiile. — Continuez, monsieur, continuez ; votre grand modèle. Tartufe ne dirait pas mieux.
EPAAiixoxoAS, s' apprêtant à sortir. — Croyez aussi, madame, que je n'oublierai de ma vie les services que vous m'avez rendus. Ma reconnaissance se plaît à avouer que c'est à votre tendre sollicitude que je dois un avancement au-dessus de mon faible mérite.
AiAUA.AiE (jR.ASSET, firec impctuosité. — Vous êtes un misérable! Je vais de ce pas chez le ministre lui dire quel homme vous êtes, lui apprendre tant de noirceur et de fausseté. Ah! monsieur de Clerville, monsieur de Clerville , je me vengerai , prenez-y garde ! (FAle sort.)
yo COMEDIES SOCIALES.