L.E CHOEUR
0 justice ! ô justice sainte et sacrée ! magnifique reflet de la divinité, quel est celui qui d*? tremblera pas d'effroi en abordant ton sanctuaire ? Quel est celui qui comprendra dans toute son immensité la redoutable mission qu'il accepte en osant t'interpréter ?
iig GOMKDIES SOCIALES.
Quel est celui qui , sans terreur, viendra dire aux hommes assemblés : — Kcoutez-moi, ceci est la vérité?
Et pourtant, ô justice sainte et sacrée! les hommes austères, majestueusement assis à ton suprême et terrible tribunal, doivent être sajjes parmi les plus sages, éclairés parmi les plus éclairés ; ils doivent imprimer à leur vie privée le caractère religieux et pur de leurs fonctions redoutables ; et de même que leur imposant costume ne ressemble en rien à celui des aulrcs hommes, de même aussi leur existence solitaire et recueillie ne doit ressembler en rien à l'exislcncc frivole et joyeuse des autres hommes.
Kn pourrait-il donc être autrement? Si celui q;ii doit absoudre ou condamner ses semblables ne les dominait pas de toutes les fortes et courageuses vertus d'une vie exemplaire, les innocents ne lui diraient-ils pas : — t De quel droit nous absous-tu?» — et les coupables ; <• — De quel droit nous con- , domnes-tu? — Si tu us commis la faute, quelle est ton autorité pour flétrir la faute? — \e frémis-tu donc pas, ô juge indigne! lorsque tu t'écries : — Honte et châtiment au prévaricateur, alors que toimême tu es prévaricateur! — Honte et châtiment à l'adultère , alors que toi-même tu es adultère ! — Honte et châtiment aux passions mauvaises, alors que toi-mêiue tu es sous le joug des passions mauvaises! — Allons, allons, notre complice, quitte ton trône magistral, et viens t'asseoir sur la sellette de linfamic parmi nous autres criminels ! ))
LE JUiiE. 99
Skiais il u'eii est pas ainsi, 6 justice sainte et sacrée! Ceux-là qui, de leur voix solennelle et retentissante comme les foudres du dernier jugement, proclament tes arrêts inexorables , ceux-là, tristes, austères et pensifs , imposent le respect et l'admiration aux autres hommes! C'est que ceux-là, tes élus, ô justice ! tes élus parmi les plus purs, ont dès leur jeunesse longuement éprouvé s'ils étaient dignes d'aspirer à cette mission souveraine ! C'est que ceuxlà, dans leur âge mûr, ont exercé leur formidable sacerdoce avec une éclatante et sereine vertu '. C'est que ceux-là, dans leur vieillesse enfin, encore épurés par cette longue vie de résignation et de sacrifices, ont atteint le dernier terme de sagesse auquel lliomme puisse arriver, après avoir triomphé des plus rudes épreuves.
Aussi te glorifie-t-on magnifiquement dans le vénérable et splendide caractère de ceux-là, qui sont adores et bénis de tous comme tes plus divins organes, ô justice ! ô justice sainte et sacrée !
FIN" Dl JUGE.