‹ Comédies sociales et scènes dialoguéesChapitre 45 sur 86 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

t,K C HO F un.

Si le sacerdoce du législateur est saiut, inagniliquc et révéré, peut-il être plus saint, plus magnifique cl plus révéré que ne l'est la mission de ceux qui choisissent le législateur? de ceux qui, le sacrant d'un vote absolu , lui mettent librement au front une des trois couronnes de l'Ktat ?

\'est-ce pas une formidable puissance ? X'est-cc pas une responsabilité terrible que celle-là?

Mais si cette puissance est formidable, cette responsabilité terrible , par combien de longues et anxieuses méditations , par combien d'études , de travaux, de doutes accablants ceux qui l'exercent achètent-ils , hélas ! ce droit souverain ? Avec quel recueillement ils se préparent à la majesté de leurs fonctions ! Avec quelle sévérité ils interrogent religieusement leur conscience, seul et inflexible juge de la sagesse ou de l'intégrité de leur choix.

i .\K \oi\. — Droit d'élection ! droit souverain ! Siéger à ce tribunal populaire devant lequel vien-

lient humblement comparaître l'élite de l'intelligence, (lu savoir et de la probité du pays !

Dire irrévocablement à celui-ci : Va , je te choisis ! monte à cette tribune sacrée, où s'agitent les destinées de la France... Va... je le veux, car je te juge digne de défendre nos plus précieux intérêts ; d'avance enfin je reconnais la sagesse des lois que tu nous auras données.

Je te choisis !... parce que dès longtemps j'étudiai attentivement ta vie... et que toujours je l'ai trouvée belle et pure...

Je te choisis !... parce qu'après avoir soigneusement pesé ta valeur morale et celle de tes rivaux, je t'ai trouvé mieux instruit que les plus instruits ; parce que je sais que, grâce à ton savoir sans bornes , à ta vaste intelligence , à ta haute raison , fruits de l'expérience et des travaux d'une jeunesse laborieuse , tu pourras résoudre avec autant de sagesse que d'impartialité les questions sans nombre qui te seront soumises.

Etranger moi-même aux stériles et fatales dissensions des partis, je te choisis enfin parce que tu n'appartiendras jamais à d'autre parti qu'à celui du pays , et que ton ùme austère et forte saura toujours résister au despotisme des grands comme à celui de la populace.

Mais après comme avant l'élection de mon choix , que de craintes, que d'hésitations , que de doutes , que d'anxiétés , que de terreurs !

Si j'avais envoyé à la face du pays un législateur

i;,s COMKniES SOCIALES.

indif^ne ! S'il allait faillir lionteusrnienl ù uno des exigences impérieuses du sacerdoce auquel je l'ai voué ! Hélas ! hélas ! cette pensée m'obsède et m épouvante.

iXE AiTRE VOIX. — Les conséquences du pouvoir dont je suis revêtu accablent souvent mon esprit par leur grandeur incommensurable. Sans doute ceux qui briguent mon clioix ont tous des droits basés sur la vie la plus irréprochable, sur l'intelligence la plus splendidement cultivée ! Mais choisir parmi tant de savoir et tant de vertu ! quelle tâche à la fois délicate et imposante ! deviner à l'écorce l'excellence des fruits ! préjuger par une élection irrévocable du bien que pourra faire au pays tel de ces liommes éminents plutôt (|uc tel autre !

Aussi , en songeant , hélas ! à l'instabilité des choses sociales et au principe dominanl de chaque intelligence , je tâche de pénétrer si le génie de celui que je veux choisir doit atteindre son suprême développement dans le calme fécond d'une paix profonde , ou s'il doit au contraire mûrir au feu des orages civils , ainsi que ces plantes valeureuses qui cberchent un sol fertilisé par la cendre des volcans.

Car avant de fixer mon choix à l'aide d'inductions tirées de la science du passé et de longues méditations sur le présent, j'ai encore tâché de soulever le voile de l'avenir, afin de deviner si la paix ou la guerre étaient réservées à mon pays , et de préférer alors celui-ci à celui-là. Mais, hélas! mes eflorls ont été vains. In nuage épais et sombre s'étend iuilnur

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i\p moi ; pst-il gros de tempèfes ? ou , se dissipant il l'influence vivifiante du soleil, doit-il dévoiler un horizon pur et serein ? Quel sera l'avenir enfin ? Je ne sais, je ne sais; aussi, avant comme après l'élection de mon choix , que d'hésitations , que de craintes, que de doutes, que d'anxiétés, que de terreurs !

rxE ALTRE VOIX. — • Le ju,ae condamne ou absout au nom de la justice , le prêtre condamne ou absout au nom de la divinité ; mais le pardon qu'ils accordent, mais la peine qu'ils infligent, sont basés sur des réalités apparentes. Sans doute l'esprit de l'homme, alors même qu'il se fait ou se dit lorgane de la justice ou de la divinité, n'est pas infaillible ; sans doute il peut errer... Terrible et souvent irréparable malheur ! ^lais cette erreur n'est funeste qu'à une seule victime , mais mon erreur, o mon Dieu ! si je choisis avec passion ou aveuglement , peut atteindre mon pays tout entier ! le frapper dans son bonheur, dans sa gloire et dans sa liberté ! Qui me dira que sous tant de magnifiques dehors , dont l'éclat éblouissant a satisfait ou charmé ma conscience ; qui me dira que l'homme de mon élection ne cache pas une ambition effrénée ? Qui me dira qu'il n'emploiera pas à subjuguer, puis à dominer les assemblées , cette magie d'une parole entraînante, cette irrésistible autorité du savoir et de l'expérience qui ont rendu son nom si retentissant ? Qui me dira enfin qu'un jour il ne courbera pas le front de ses rivaux sous son impitoyable despotisme.

ou qu'il ne livrera pas mon pays à tous \os santjlanls désastres de l'anarchie ?

i}ue\ sera l'avenir enfin f Je ne sais ; je ne sais : aussi , avant comme après l'élection de mon choix , que d'hésitations, que de craintes, que de doutes, que d'anxiétés, que de terreurs !

LK CHOKiR. — Si le sacerdoce du léoislateur est saint , magnifique et révéré , peut-il être plus saint , plus magnifique et plus révéré que ne l'est la mission de ceux qui choisissent le législateur?

Que ne l'est la mission de ceux qui, le sacrant d'un vote ahsolu , lui mettent librement an front une des trois couronnes de l'Etat?

\'est-ce pas une formidable puissance ? \'est-ce pas une responsabilité terrible que celle-là ?

Mais si cette puissance est formidable , si cette responsabilité est terrible, par combien de longues et anxieuses méditations, par combien d'études, de travaux, de doutes accablants, ceux qui l'exercent, achètent-ils, hélas ! ce droit souverain? Avec quel recueillement ils se préparent à la majesté de leurs fonctions ! Avec quelle sévérité ils inlen-ogent leur conscience, seul et inllexible juge de la sagesse ou de ! intégrité de leur choix !

LE LEGISLAIELU. l«il

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