SCENE III
La scène se passe dans une maison de campagne appartenant à M. Dubreuil. Il a donné nn déjenner de garcous à ses amis et à quelqaes membres de la rénulon Dobrenil, pour célébrer l'aloption da chemin de fer par les vallées. Les convives sont an dessert, la gaieté à son comble , les têtes fort montées.
FRioiET. — Messieurs , je vous propose un toast que vous accueillerez, j'en suis sur, avec enthousiasme. (Il se lève, son verre à la main.) Au jeune député qui , en concentrant dans ses salons le foyer des saines doctrines politiques , a rendu de si grands services à la patrie ; en un mot, à Jérôme Dubreuil !
TOUS , se levant. — Bravo ! bravo ! bravo ! à Jérôme Dubreuil !
DUBREUIL, ému. — Ah! messieurs... messieurs!... messieurs!... en vérité!... Ah! messieurs... vous êtes trop bons... Ah! messieurs.
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KRiQUET , Jtas à son voisin. — Concevez -vous qu'avec une pareille éloquence ce Gicéron-là n'ose jamais parler à la tribune ?
LE voLSix , ba9. — Il est impossible d'être plus stupide ; mais, 1" ses dîners sont parfaits, 2° ils sont fréquents , 3° les fauteuils de son salon sont excellents , tous à la Voltaire. Quelle bonne idée ! Il n'y a pas à Paris une maison pareille.
KRiQiET, bas. — Mlle est de moi, l'idée, et elle a fait le succès de ses réunions , dites réunions Dubreuil. XuUe part, dans aucun club, dans aucun salon, on ne se trouvait assis comme chez lui ; c'était d'un moelleux, d'un confortable introuvable; joignez à cela un buffet perpétuel , et vous concevez qu'on a mieux aimé se réunir chez Dubreuil que partout ailleurs : de façon que ce niais-là a maintenant une importance, car enfin on sait son nom. Du reste, en votant son chemin de fer par les vallées , on l'a frrassement récompensé de son confort et de son hospitalité.
i \ CONVIVE. — A la santé du nouveau Lycurgue !
r\ AiTRE. — Au défenseur constant de nos libertés pendant la session!
m BRKi II.. — Ah! messieurs, messieurs! dame, qu'est-ce que vous voulez que je dise? Ma parole d'honneur , je ne sais que vous dire ; vous le voyez bien.
L\ Al TKK. — Au collège électoral du ""^^ arrondissement, qui, en nommant notre ami politique, a
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si dignement rempli sa mission et a bien mérité du pays.
DiBRELiL, — Ah! messieurs... ah bien ! par exemple... ça c'est trop fort! Xon, pour ce qui est de ça, c'est trop fort!
IV Al IRE. — Je bois aussi à ce collège, car il a compris que dans une chaml)re représentative toutes les intelligences devaient être représentées.
DiBKEiiL , arec modestie. — Ah! mes amis... mes chers amis !
IX Al TRE. — Au fondateur éclairé du journal le Phare constitutionnel , véritable organe des bons principes politiques et littéraires , impitoyable ennemi des coteries , chaud protecteur des talents.
DLBREi IL. — Quant à ce qui est de ça, messieurs, le journal a dit mes opinions ; car ça a toujours été jues opinions... qu'il faut du talent dans la litféralure comme dans les autres choses, car il faut de foute façon qu'on ait du talent en général ou en par^ ticulier.
FRiQUET. — Bravo ! Mirabeau !
i x AUTRE. — A celui qui , dans son journal , s'est montré l'un des plus généreux défenseurs des noirs, le plus ardent détracteur de l'esclavage.
DiBREiiL, avec dignité. — Pour ce qui est de ça, messieurs, j'ai lu Robinson... et à mon tour, je bois à ce modèle de nos colons, et je bois aussi à la santé de son nègre... au fidèle Vendredi! le modèle des bons nègres. Puissent tous nos domestiques lui ressembler, et qu'il n'y ait plus d'esclavage!
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TOI S. — Bi-aio ! bravo ! la cause îles noirs est j^aunée , il a lu Robinsonî
KKiQi Kl. — Les nègres vont devenir blancs , il a lu Robinson 1
i \ Al TRE. — Je bois au député national qui s'est toujours montré si jaloux de l'indépendance et de la dignité de la France!
DiBREiiL, héroiquement et clèjà u)i /;e</ animé jxw de fréquents toasts. — Quant à ce qui est de ça, oui... tout pour la France; car moi aussi je dirais aux Cosaques avec le grand Lafayette, s'ils voulaient encore envabir notre l)clle patrie : n La garde meurt et ne se rend pas ! •
KRiQi ET. — liravo ! Léonidas !
DiiiRKin, , exalté. — Ou avec le grand Foi\ : u Kcndez-moi ma patrie , ou laissez-moi mourir ! '
roi s , arer tréj}igneme)/t. — Bravo 1 bravo !
I \ AiTKK. — Au député bienfaisant qui a concouru à doter son pays et surtout son dépaitemenl d'un cbcmin de fer!
ui BRKiii, , irre. — Quant à ce qui est de ça, messieurs, mes amis, mes bons amis, mes cbers collègues, vous m'avez joliment aidé... et comme le cliemin de fer traverse ma terre de La Alorlière , ma pudeur, ma modestie me défend d'en dire davantage, à cause des cbevaux de cbarrette que j'y pei-dais tous les bivers.
rors, très-aiti/nés par les toasts. — \ ive le véritable Lycurgue ' le v(*ritable \uma! l'inconiparable Moïse !
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uiBRKi IL, de plus en plus animé. — Je bois aux chemins de fer par les vallées ! à bas les plateaux ! ( // jette par terre et brise un plateau cliargé df cristaux , placé près de lui.)
KRiQLET. — Braxo ! c'est un calembour eu action... c'est de plus fort en plus fort !
DiBREiL, tout à fait irre. — Ah! je crois bien que je suis fort et trapu! Vous allez voir quelque chose d'encore plus fort 1
Il veut prendre Friqoel par le milien da corps pour lutter aiec lui. Friquel se dégaije , Dubreuil le poursuit en poussant des cris affreux ; enfin , l'amphitryon derient si turbulent , que ses botes sont obligps de l'enfermer dans une pièce éclairée par un ieil-(le-bœuf qui donne sur la salle à manger ; mais bientôt le carreau se brise , et maigre un fait analogue célèbre dans les faits de l'intimité de la vie représentative , il est fort délicat de raconter dans quelle pcslnie peu parlementaire Dubreuil apparaît ù l'embrasure sphérique de l'œil-de-bœuf , au milieu des cris, des rires, des braios et des huées des convives.
FRiQLET, à son coisin au sujet de la position de Dubreuil. — Avouez que, pour un législateur, voici une drôle de manière de comprendre la représen- 'afion nationale...
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