V.. DE CLERVILLE. Oui... ils SOnt bcaUX , SCS
conseils 1 Je vous le répète , c'est lui qui vous met en tète mille balivernes.
KP.A.MixoxDAS. — Aussi , VOUS lui en voulez toujours , parce qu'il m'a mené une fois au manège avec lui.
M. DE CLERVILLE. — Aumauégc!... au manège!... et qu'allicz-vous faire au manège, monsieur? est-ce au manège ([ue vous prendrez vos grades ?
■21 CÛMliDIKS SOCIALES.
Ki'.\Mi\u\nAS. — Oiicl mal y a-t-il à ce que je monte à cheval?
M. DE CLERViLi.E. — Alootcr à chcval 1 est-ce qu'un magistrat monte à cheval? Est-ce que j'ai monté à cheval de ma vie?... Mais allez donc tout de suite à l'Ecole de droit en cravache et en éperons ! A cheval... et c'est ainsi que vous pensez vous distiuguer dans la carrière que vous voulez embrasser... n'est-ce pas ?
ÉPA.Aii.\o\i)AS. — Tiens... vous savez bien que ce n'est pas moi qui l'ai embrassée , cette carrière !
M. DE CLERViM-E. — Comment, ce n'est pas vous? Vous le regrettez peut-être maintenant ?
Kr\.Aii.\(>\D\s. — Je ne dis pas cela... mais enfin j'aurais tout autant aimé entrer dans la diplomatie comme de V^erncuil, ou être artiste comme Simonneau.
M. DE CLERvii.i.K. — Diplomate!... artiste!... ah ci! mais vous êtes fou ! est-ce que vous avez le nom et la fortune de M. de Vcrneuil pour être diplomate? Est-ce que vous avez la moindre disposition pour être artiste ?... D'ailleurs, c'est un bel exemple que vous me citez là, votre Simonneau , un mange-tout ! un vaurien !
Éi'.AMixo.VDAS. — l'ous attaquez toujours Simonneau , parce qu'il n'est pas là pour se défendre.
AI. DE ci.KP.i ii.i.E. — Taisez-vous, monsieur, et ne laites pas l'impertinent... songez plutôt à mériter votre pardon... ingrat que vous êtes...
Éi'A.AiiNovDAS. — Ingrat... ingrat...
LE J L G t. i.i
M. DE clp:rville. — Certainement oui , ingrat ! ingratissime !... \'avez-vous pas, grâce à moi, à mes travaux , à mes amis , un avenir magnifique , qui ferait l'envie de tout autre ? Xe pouA ez-vous pas arriver un jour à être juge , puis conseiller à une cour souveraine , avec 12,000 francs d'appointements inamovibles... traitement supérieur à celui d'un lieutenant-général , sur lequel vous avez même le pas dans les cérémonies, sans compter l'avantage de juger les autres , ce qui vous donne toujours une grande considération, un grand relief, et vous met à même de cultiver les belles connaissances qui viennent vous solliciter et que vous pouvez obliger ? Alais non , rien ne vous plaît ; vous n'avez pas le moindre amour-propre, pas la moindre vanité : vraiment , quand on pense à cela , c'est à se désespérer pour votre avenir !
ÉP.AMi.voxuAS. — Ah ; oui , de l'amour-propre 1... Ayez donc de l'amour-propre avec un bonnet carré, une béte de robe noire comme un professeur, et un rabat comme un prêtre.
M. DE CLERViLLE, île poucd fit Croire ce qu'il entend. — Une bète de robe noire I un rabat comme un prêtre!... Voilà autre chose maintenant, il est habillé comme un prêtre !
ÉPAMixoxD.AS. — Xe pouvoir pas seulement porter des habits de coulenr claire.
M. DE CLERVILLE. — AlloDs... dcs couleurs claircs à présent...
ÉPAMixoNDAS. — C'est vrai aussi , être toujours
ûi COMKDIES SOCIALES.
vêtu de noir comme un croque-mort ! et puis vous ne voulez pas seulement me permettre de porter des bottes î
M. DE CLKRVILLP], lidussant Ics cjiaules. — Des bottes ! ! des bottes ! non , monsieur!.,. La botte a un air cavalier et impertinent qui ne sied pas à un majjistrat ; et tant que je vivrai, du moins... vous n'en porterez pas. ( Avec une dignité titiste ci un soupir.) Après ma mort, monsieur, après ma mort... vous serez libre...
Kiw.Aii.vo.vnAS , jn-u iourJiè de cette funèbre réflexion. — Ah ! mon Dieu !... mon Dieu ! je vous demande un peu ce que ça fait , qu'on porte des bottes ou non... I\Iais c'était bon autrefois, ces prcjujjcs-là!
.AI. DK CLEUVILLK. — C'était bou autrefois !.. . C'est- \
ù-dire qu'autrefois on n'avait pas le sens commun , n'est-ce pas, monsieur? Taisez-vous... vous êtes un novateur... un révolutionnaire; car je soupçonne fort ce ^I. Simonneau d'être un fieffé jacobin.
Kl' ^Aii.\().\i)A.s. — \'ous me arondcz toujours aussi ! M. DK ci.Eiuii.i.K. — Je vous groudc , parce que vous le méritez, drAle que vous êtes !
Éi'.\.Aii\o.\i)AS. — Eh non! je ne le mérite pas, car c'est ennuyeux à la fin. Qu'est-ce que ça me fait à moi , après tout , d'être mafrisirat ?. . . Ça m'est bien i éj]al de ju'jer les autres... Avec ça que c'est bien régalant : toujours entendre parler de voleurs et d'assassins , et ne pouvoir pas seulement se déguiser au carnaval !
LE J L G t. 25
M. i>E CLKRiiLLE, cu'ec èpouvcinte. — Se déguiser au carnaval!... Encore une idée de ce M. Simonneau... j'en suis sur! Ali ! Je malheureux !
Éi'.A.MixoxDAS, outré. — Eh bien , oui ! Simonneau est mon ami. Je le regarde comme mon frère ; je ne puis pas en entendre dire du mal ; et, si on me tourmente , je m'engage : voilà ce qu'on y gagnera.
M. DE CLERViLLE. — Ail ! VOUS parlez de vous engager! Eh bien! c'est moi... mauvais sujet, qui vous engagerai, qui vous ferai manger de la vache enragée ; et si vous ne marchez pas droit, je vous ferai mousse, entendez-vous, mousse sur uii vaisseau !
ÉPAAiiNOXDAS. — Eh bien ! j'aime mieus encore être mousse sur un vaisseau que de passer toute ma jeunesse, toute ma vie dans un état aussi assommant que celui de juge.
M. DE CLERViLLE, Stupéfait. — Un état aussi ass... ( il n'oie prononcer le mot. ) Vous êtes un mauvais fils... sortez de ma présence.
ÉPA.MixoxDAS. — VAï bien! je sors; mais je vous déclare que je déteste la carrière que vous voulez (|ue j'embrasse... Oui, je la déteste ! je l'abhorre! et je ne souffrirai jamais qu'on dise du mal de Simonneau , parce que c'est entre nous deux à la vie et à la mort.
Fp-'îiniiîondas sort furieux, pt M. de CliT\illu reste absorbé dciiis ses doulouieiiscs pensées.
â6 (COMEDIES SOCIALES.
1<E CD OKU».
0 justice sainte et sacrée , magnifique reflet de la divinité ! quel est celui qui ne tremblera pas d'effroi en abordant ton sanctuaire? Quel est celui qui comprendra dans toute son immensité la terrible mission qu'il accepte en osant l'interpréter? Quel est celui qui, sans terreur, viendra dire aux hommes assemblés : ft Ecoulez-moi, ceci est la vérité. t>