‹ Comédies sociales et scènes dialoguéesChapitre 61 sur 86 · SCENES DI ALOGL' K ES · texte numérisé non relu

SCENES DI ALOGL' K ES

(le discipline... pour le 15; c'est une abomination, ça n'a pas de nom... Ma parole d'honneur, j'émigrerai à Alger, si le gouvernement continue... Voilà ce qu'il y gagnera.

MADAME CRiXET. — Xc dis donc pas de bêtises... si tu manques encore cette garde-là... tu aggraveras ta position, puisque tu es déjà cité au conseil de discipline. Allons, allons, mon bon Crinet, sois gentil ; fais-toi aimer de tes chefs, car si tu manques ta garde encore aujourd'hui... on te punira très-sévèrement. Tu auras peut-être huit jours de prison... vois à quoi ça te mènera... huit jours sans voir taMalvina.

(.RIVET , avec loi 'profond soupir. — C'est vrai , c'est malheureusement trop vrai... Ah! si la révolution était à refaire... suffit, suffit... Au moins avant les glorieuses... on pouvait compter sur son temps, on n'était pas vilipendé par un conseil de discipline. On n'était pas menacé d'être guillotiné, ruiné... traqué, emprisonné! Ah!... si c'était à refaire... fil sort.)

AUDAMK CKivKT, sriilc. — Est-il adroit, ce M. Régulus ; c'est à son ami le sergent-major à qui mon mari doit ça... Il est si bien, M. Régulus... Il a les cheveux tout droits, et il porte un poignard empoisonné... Ah! c'est un être qui me fera, j'espère, passer de bien atroces et bien cruels moments. Quel être délicieux! il ne parle que de mort, de poison, d'assassinat ; ce qu'il regrette, c'est de n'être ni poitrinaire ni bâtard... Mais on ne peut pas tout avoir non plus... et puis il m'appelle sa lumière, son

M. G RI X ET. ÎSI

rayon... Tandis que lui s'appelle toujours démon, satan ou damné. . . comme c'est délicat. . . sans compter qu'il grince des dents comme le tigre du Jardin-des- Plantes... Ah! cet ètre-là peut se vanter de m'avoir joliment fascinée, par exemple! Tiens, voilà sou ombre fatale, sa nuit d'orage, comme il appelle ce pauvre M. Crinet.

Entre CRIXET, en costume complet de chasseur de la (jarde nationale.

CRivKT. — Quelle corvée ! moi qui croyais rester

tranquille aujourd'hui, à raguer à mes affaires

Adieu , bobonne , adieu , ma femme , je reviendrai dîner, envoie-moi tantôt mon garik par Suzon.

AiADAArE CRIXET. — Oui, mon cœur. Comptez-y bien. (A part.) Plus souvent... monsieur Régulus a bien promis d'empêcher qu'on ne lui donne une permission. (Sort Crinet.)

Madame Crinet s'assied sur an canapé ; elle est fonte rê»eose. Au bont d'an quart d'heure entre Régalas ; il est gros et court, le» chevens d'un blond ardent, les joues grasses et d'an rouge cramoisi. Régulas tâche de donner l'air le plus satanique possible à sa bonne grosse figure , dont l'espression jubilante fait •■•>n désespoir.

RKGiLis, du même ton dont il dirait commint rous portez-vous ! — Encore un jour qui nous rapproche de la tombe, Malvina? encore un pas vers le cercueil, où les vers rongeront nos cadavres !

AnnAAiK CRIXET, tre.fsaillant. — Ah! c'est vous, monsieur Régulus... déjà?

itii SGEXKS I»I ALOGLKES.

RKCiLis, commençant à (jrincev des dents. —

Enfer! Di'jà déjà c'est atroce, quand j'ai la

nuit dans l'àme , quand je broyé dents sur dents , comme un damné d'enfer... ^lalédiction.

MADAAiK CRivKT. — Galmez-vous , monsieur Régulus , c'est que vous avez manqué de rencontrer mon mari sur le carré.

KKr.riAS, ècumant. — \ otre mari ! votre mari ! ne me parlez pas de cet être venimeux et malfaisant (jui empoisonne mon bonheur... de ce colimaçon qui souille ma fleur! de cet objet vaseux qui trouble la source de mon eau limpide... Xe m'en parlez pas, entendez-vous , ou je me brise le crâne à vos pieds. . . \'oyez-vous, faible femme ! ou je me déchire la mamelle gauche à grands coups d'ongles... pour vous montrer que j'ai un cœur fort qui bat dans ma poitrine d'homme... Car j'ai, voyez-vous... de terribles et sanglantes fantaisies à la vue de votre insolent époux, qui me crache son bonheur à la face, voyezvous !

MAiiAMK CRixKi. — Mou Dieu , que vous êtes violent. Ah! Régulus, Régulus !... vous êtes un \'ésuve î î

RK(;ri.r.s , passant suhitcmenL du désespoir au sourire , s'écrie onr un charme indéjinisscdtle et mélancoliquf. — Oh! dis, Maliina... je voudrais m'étendre à les pieds... est-ce qu'il n'y a pas une peau de tigre ici , ça serait commode pour m'étendre.. .

Page 1