‹ Comédies sociales et scènes dialoguéesChapitre 71 sur 86 · M. CRI NE T · texte numérisé non relu

M. CRI NE T

que j'y gagne à cette belle révolution ; je perds une fourniture , je suis condamné à la prison ; mes ourriers se coalisent... Faites donc des glorieuses. (Au cajJoral avec dignité.) Vous me permettrez, caporal, de faire mes adieux à ma famille , et de faire un paquet.

LE CAPORAL. — Oui, bourgcois.

CRixET. — Suzon, oïl est mon épouse?

sizo.v, sanglotant. — Hi , hi , hi.

CRLVET, affectant le calme. — Je vous reverrai, Suzon.. je vous reverrai... Dieu ne m'abandonnera pas... Oii est mon épouse?...

SLZox, 2)leurant. — Hi, hi, hi.

CRIXET. — Ah çà, je te dis de ne pas te désespérer. {Avec une amère ironie. ) Car je ne crois pas que ce soit ma tète qu'on veuille... pourtant on y va d'un train. Mais, encore une fois, où est mon épouse, Suzon?

SLZOx. — Madame est au bain.

CRIXET. — Mon épouse est au bain... pendant qu'on me traîne au cachot, qu'on me charge de fers! {D'un air imposant.) Où sont vos chaînes, caporal?

LE CAPORAL. — Oh, il n'y a pas de chaînes , mon bourgeois ; un fiacre. . .

CRIXET. — Allons , je supporterai les tortures jusqu'au bout. Suzon, tu diras à mou épouse de m'envoyer du linge, des gilets de flanelle, des bonnets de coton , des serre-têtes , des couvertures , deux oreillers et un édredron ; du café au lait le matin ; à déjeuner à dix heures , à dîner à cinq , et un con-

200 SCKXKS DIALOGUEES.

sommé le soir. Adieu, Suzon, et dis à Alalvina que je n'ai qu'un regret , celui de ne l'avoir pas embrassée avant de...

LVmotion le suffoque ; il cache sa tête dans ses mains. — Suzon se jette ù ses pieds, inonde ses mains de larmes. Le capora' est attendri, les gendarmes sont attendris.

M. cj{i\ET j. <> Il n/i on te l' émotion et dit avec un calme siihlime : — Caporal... marchons...

.^u momeiil où ils lonl sortir, entre madame Ciinet i-plorce : elle se jette dans les bras de son mari , et s'évanouit ; tclui-c'i s'échappe pour résister à cette scène attendrissante. — Suzon soutient sa maîtresse.

.Apparait Régulus :'i lu porte ; il jette uu regard satanii|ne et un i-clat de rire méphistophélique sur les deuT femmes,

KIV 1>K \1. i.KI\K'l,

r\ JEl DE GRAXDE DAME.

JANVIER I fi 4 :{.

Page 1