‹ Comédies sociales et scènes dialoguéesChapitre 73 sur 86 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

(Cuisine du château. Lp jeune moine est assis sous le manlciu de la haute cheminée ; il tient une lettre à la main.

LK MOiXE. — Querdec I quels tristes adieux vons^ m'avez laisses î Quand vous me disiez : u. J'aime ! ■: quand je vous disais : t J'ai aimé ! -^ nous parlions de la même femme î et c'est en quittant cette cellule, où je vous cachais, où votre amitié a ralenti pour moi le pas de la mort, que vous me révélez ce nom. Oh ! mon Dieu ! l'amitié même a été empoisonnée pour moi. Et me voilà au milieu d'eux, épuisé, anéanti, quand il me faudrait tant de courage et de force I (Sa tefe se renverse contre l'angle du chambranle. Madeleine entre. )

MAnELFiXK, à part en le regardant de loin. —

2fiO SCKXES DIALOr.lKES.

Pauvre jriinp hommo ! il a l'air dnn mort comme i fia. (S'f/ppntr/ifint. i Cela va-J-il un peu mieux, mon frère ? J'étais bien sûre que madame la comtesse ne s'opposerait pas à votre demande de passer la nuit ici.

i.KMoivK. — Je la remercie, et \ous aussi, ma brave femme.

\ni)KLKi\K. — Mais aussi quelle idée de vous mettre en route par tm pareil temps et à une telle heure .' Kst-ce pour une affaire de votre couvent que vous faites un semblable ioya;{e .'

i.K. \ioi\K. \on, c'est pour une affaire (]ui ne re- ;;arde que moi.

^nuKl.KlNK, fnul rn ftiisfinf (/ui/tjurs ajtprris pniir A' xniiprr. — Il faut que ce soit quelque chose de bien important.

i.K MoivK. — \e vous donnez pas tant de peine pour mni, ma di'jne femme : je ne boirai «pi un vernd eau.

M4i>K.i.Ki!VK. — Comment! vous ne prendrez rien ? tMi ! si je vous sers ici, je \nns en demande bien pardon ; mais c est que tout le monde est couché.

i.K MoixK. — Mais ions m'avez dit que vous veniez de voir la comtesse.

\ni>Kl,Ki\K. — Oui, elle, c'est différent. Je craignais de ne pouvoir lui parler ; j'ai été avec bien de la précaution à son appartement, je n'y ai trouve que mademoiselle Hélène.

i.K iioiVK, (I inir roi.r rttmffrr. — Hélène!

MAUKI.KINK. — Oui, la fdlc de la maison ; elle était

UN' JEU I)K GRAXDK DAME. -i'il

là, qui avait plutôt l'air de s'habiller que de se préparer à se coucher, et elle m'a dit que madame la comtesse était dans l'appartement du chapelain.

\.K MOiXK. — Vous avez un chapelain ici?

M.^DKi.KiVK. — Xon, c'est celui de l'hôtel de Paris que l'on a fait venir depuis quelques heures seulement.

LK moim:. — Il y a une chapelle au château?

UADKLKI.VK. — Oh! oui, clIc cst très-hicD, avec de très-beaux ornements; s'il faisait jour vous la verriez, là, à l'aile gauche.

LE MOIXK. — V ous avez du monde en ce moment ?

MADKi.KiXK. — \ous avons le chevalier de Querdec et deux seigneuis de ses amis. (Le moine laisse tomber sa tète dans ses deux mains.) \ ous êtes bien fatigue ! Au lieu de passer la nuit sur cette chaise, conmie vous me l'avez demandé , pourquoi ne prenez-vous pas mon lit? Moi, je veillerai ici.

LK MOIXK. — Ma ch»'re dame, je suis plus habitué que vous à la fatigue ; je resterai.

MADKi.KiVK. — Allons, ce n'est pas raisonnable; du moins, voilà du bois. Je laisse la table servie dans un coin... Vous remettrcz-vous en route demain?

i,K MOIXK. — Dieu le sait !

MADKLKixK. — Tàchez de vous reposer, et prononcez le nom de la vieille Madeleine dans los prières.

i,K MOIXK. — Les malades prient avec plus dardeur , et je prierai pour vous. (Madeleine sort. Le moine reste quelque temps immobile et les mains jointes ; puis il se lève, et, maigre la peine qu'il

i>62 SCKXF.S l>lALOtiLLES.

cproin-r a inarclici'y Use primicnc en se soithiidiil intx nuitbles.) Je ne puis reslei* en repos... Mon Dieu, j'ai obéi à l'instinct qui m'a pousse ici... Ce jour est-il

vraiment celui <)ue vous ave/ remarqué? Suis-je

venu pour un crime.'... Quelle est cette lumière qui brille à travers les vitraux? C'est la direction de la

chapelle! c'est aujourd'hui !... c'est aujourd'hui!

[lltoiulic à ffru(nix. ). Dieu puissant, ne m'abandonnez pas ! Dieu juste, inspire/ moi !

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