M <;0ME»1 ES SOCIALES
j)uis doux mois quel supplice I et dire que j'étais assez faible pour la supporter !
Eiilre Simonucaa ; vingt-cinq ans , moastachc cl barbe épaisse. II a un cigare à la bouche, son chapeau posé de coté, et ses rnains dans les poches de son large pantalon. La porte est restée ouverte. Ëpaminondas reste absorbe ; Simonneau entre sur la pointe des pieds, s'approche de l'oreille de son ami, et, sans être aperçu, pousse un cri effroyable ; Ëpaminondas fait un bond de frayeur, et se retourne.
sniowKAi , d'une voix de basse-taille. — Bonjour, magistrat !
Kiv\.Mi\oM)AS, se reuiettant de son ejfroi. — Tti peux te vanter de m'avoir fait joliment peur !
sniowKM . — Xous rêvons à nos amourrrrrs, à ce ()ii'i! paraît, car je viens de voir Fanny qui sortait de chez toi, comme si le diable l'emportait, je n'ai pas pu lui dire un mot. Qu'est-ce qu'il y a donc? de la brouille dans le ménage !
KiMMiNo.vnAS. — Il y a, mon cher, que je viens de lui faire une scène, de la mettre à la porte, et que je suis ravi d'en être débarrassé. Voilà ce qu'il y a.
si.Mo.v.MvU . — Eh bien! tu as tort; vois-tu, c'était une bonne fille, rieuse, pas gênante, qui ne te cotjtait pas un liard, et avant que d'en trouver une pareille...
K!'A:iii.\(>\i)\s, d'un tiir fat. — On peut pourtant, mon cher, trouver mieux... bien mieux... beaucoup mieux... mais beaucoup, beaucoup mieux!
si.uowKAi:. — Kst-ce que vraiment tu te lancerais dans les femmes {\w monde? (Gravcmcnl.) Prends
LE JLGE. :j.j
jrarde, majjistrat ! prends garde, la femme du monde est dure à cuire.'... comme dit Bossuet.
KPA.Mixuxu.AS. — Ecoute. . . entre nous , une créature comme Fanny ne pouvait plus me convcuir pour toutes sortes de raisons ; mais ia meilleure de ces raisons est que je suis amoureux, fou, mon cher, je délire... en un mot. On peut te confier cela, à toi... mon ami d'enfance; j'en tiens pour madame Grasset.
si.MOxxEAi. — Madame Grasset! la femme de l'ancien avoué , une grosse blondasse qui a des yeux de poisson !
VA\\\i\\o\b\>, pique. — Une grosse blondasse, une grosse blondasse!... on t'en donnera des grosses blondasses comme ça ! Quelle femme ! quel hou genre ! et surtout tante de mon ministre, mon cher... tante de mou ministre ! ce qui est un peu flatteur pour Tamour-propre, j'espère...
snioxxEAi'. — Et pour ton courage donc ! Magistrat, voilà un courage ! Qu'est-ce que le courage civi!... le coui'age militaire... auprès de celui-là... qu'on pourrait appeler... le courage Grasset?...
KrAAiixnxD.AS, haussant les éj?aulcs. — Il est irapossible de causer sérieusement avec toi.
snioxxEAL". — Eh bien ! sérieusement cette femmelà seranour toi à la fois une mère et une maîtresse. C'est bon... mais c'est rare.
KPAMixoXDAS. — Parblcu ! je sais bien qu'elle n"a pas quinze ans.
si.MuxxKAi. - — Comment ! elle ua pas ([uinzc ansî
a COMEDIES SOCIALES.
mais elle les a plutôt trois fois qu'une... au contraire.
KP.A.AiixoxDAS. — C'est justcmeut parce que c'est une femme d'un âge mùr qu'on la dit très-intluente sur sou neveu, et pour parvenir, vois-tu, mon cher, il n'y a que les femmes... et une femme qui peut vous protéger... n'a pas d'âge.
siMOWE.AL. — tiens... tiens... tiens... je comprends... \ oyez-vous le finaud... avec ton petit air bonasse, tu ne t'endors pas, toi !
KPAMi.voxDAS, secouant la tète avec fatuité. — ^lais non... mais non...
siMOXXKAL. — C'est que c'est très-bien calculé... la tante d'un ministre!... Ton chemin est sur... Et où en es-tu?
KPAMixoxDAS. — Au micux... mon cher... Quand je suis là, elle est toujours à dire à son mari . ]\Ion Dieu! mon Dieu! comme..'. {Entre le portier.)