ACTE I, SCÈNE III I
DIANE
Sa chevelure est d'or, son visage de lys !
Tout lui sourit ; chacun la fête, chacun l'aime,
Vulcain, Mars, Adonis, Anchise, Phébus même.
Hommes et Dieux ; sans cesse un flot grossit le cours
Sans cesse débordé de ce fleuve d'amours ;
Mais ses larmes, sa voix, ses regards, son sourire,
Tout crie en elle : Ayez pitié de mon martyre I
Par grâce, adorez-moi I Ses yeux, toujours vainqueurs,
Se baissent constamment pour ramasser des cœurs,
£t cette reine aux yeux de flamme, aux bras avares.
En chercherait, je crois, jusque chez les barbares.
Certes, quand on ne craint ni honte ni mépris,
Il est aisé d'avoir des amants à ce prix :
On fait à bon marché ses preuves de noblesse ;
Mais entre nous, enfants, c'est, pour une Déesse,
Respirer un encens par trop substantiel.
Et la chose est fort laide ailleurs que dans le ciel !
EUNICE.
Hébé?
DIANE
De blanches dents et des rires sonores I Elle est accorte, et porte à ravir les amphores. C'est un joli minois, qui sans doute plairait En versant le nectar au seuil d'un cabaret.
GLAUCÉ.
Mais les Dieux?
MÉLITE
Tout célèbre Apollon.
l6 DIANE AU BOIS
DIANE, avec mépris.
Un poète I Depuis le temps qu'il porte un laurier sur sa tête, Avec sa lèvre imberbe et son regard vermeil, Des faiseurs de chansons l'ont pris pour le Soleil. C'est mon frère, Mélite, un maître en ciselure, Mais il n'est astre enfin que par la chevelure. C'est un de ces rêveurs au langage peu sûr Qui lèchent les torrents et qui mangent l'azur Du ciel, et qui s'en vont, le feu sur les pommettes. Peigner à tour de bras les cheveux des comètes 1 J'aimerais mieux le voir, couronné de festons, Retourner franchement à ses petits moutons, Que s'en tenir toujours à ce triste délire D'un arrangeur de rhythme et d'un racleur de lyre 1
EUNICE.
Et Mars?
DIANE
Un trouble- fête I un glorieux soudard 1 Celui-là n'ennuiera personne à force d'art ; Ce dur géant, plus haut qu'une tour crénelée, S'avance avec le bruit des chars dans la mêlée ; Son visage velu, prêt aux rébellions, Imite la douceur des ours et des lions ; S'il parle, il fait fuir l'aigle effrayé vers son aire. Et lorsqu'il dit : Je t'aime ! il fait peur au tonnerre.
Avec dépit.
Et puis, tous ces gens-là, tant que dure le jour, Ne respirent, ne font, ne rêvent que l'amour I L'amour, quel passe-temps ridicule I Ames vaines I Sentir courir la glace et le feu dans ses veines,