ACTE IV, SCÈNE III 2O
Que le noir Tanaîs arrose en gémissant :
Comme notre courroux, nos haines sont vivantes. La pitié I garde-la pour tes pâles servantes 1
FLORISE, se levant de nouveau et tout à fait hors d'elle-même.
Non, non I — Trop de froideur I — Actrice, il £aut savoir Donner ton âme à ceux que tu veux émouvoir 1 Pas d'avarice 1 Non 1 Quand l'héroïne joue Réellement, alors le sang rougit sa joue; Son œil brûle et sa voix, comme le bruit des flots, Est pleine de menace et pleine de sanglots.
Elle succombe, et puis se relève plus forte Qu'auparavant 1 Eh 1 oui 1 si Ton en meurt, qu'importe ! Mais quel rêvel Créer I
Prenant son front dans ses mains.
Voyons, je les savais.
Ces vers!
LUCINDE
Mais...
FLORISE, écartant Lucinde par un geste impérieux
et souverain.
Ote-toi, Lucinde I
A Hardy.
Allons, je vais La dire, votre scène 1
OLIVIER, profondément humilié et blessé.
En vérité, Florise, Qjie faites- vous?
FLORISE, s' exaltant.
Rien, rien.
Tout entière d son inspiration.
C'est une femme éprise QjLii parle en son délire, et donne un libre essor A sa passion 1 — Vite, à nous deux, Rosidor 1
Rosidor, vaincu par Ve'motion de Florise, se remet en scène dans l'attitude de son personnage.
FLORISE, jouant Hippolyte.
Comme noire courroux, nos haines sont vivantes. La pitié! garde-la pour tes pâles servantes.
Fais-moi mourir. Voilà ce que j'attends de toi. Quoi ! cette solitude oit je semais V effroi, Dépeuplant au seul bruit de mon nom les rivages. Et voyant devant moi fuir les hordes sauvages. Me reverrait pleurer sur ma défaite! — Non!
Fais-moi mourir!
ROSIDOR, jouant Thésée.
Eh bien! guerrière au divin nom.
Monte sur ma nef noire, et quittant cette rive. Suis-moi jusqu'à la belle Athènes!
F L O R I s E , jouant Hippolyte.
Moi! captive!
ROSIDOR, jouant Thésée.
Non! reine!
FLORISE, jouant Hippolyte.
Et que m'importe! — O brise des forêts!
O liberté ! — Captive ou reine, je pourrais.