‹ Comédies (volume 2)Chapitre 104 sur 182 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Tranquille, et regardant s'enfuir le vol des Heures, Tisser, la fine toile en tes belles demeures I Non! Antiope et moi, sous nos habits de fer, Nous combattions parmi les neiges de l'hiver. Car l'orage est en nous, qui cherchons les tourmentes. Et le carnage affreux nous choisit pour amantes. Quoi! je vivrais, ayant pu voir, sanglant encor. Ton pied haineux posé sur nos boucliers d'or/ Non, jamais!

ROSIDOR, jouant Thésée.

Si mon bras vainqueur t'a désarmée.

Tes yeux aussi domptaient ma rage envenimée Dans ce cœur dédaigneux, fait pour les durs travaux. Ah! plût aux Dieux qu'au prix de cent périls nouveaux Et pour toujours errant loin de ma chère Athènes, Je pusse enfin calmer tes colères hautaines.

Et fléchir ton courroux, fût-ce par mon trépas !

FLORISE, jouant Hippolyte. — Avec colère.

Oui, je te hais ! — Ou bien, si je ne te hais pas. Quel feu, quand je te voiSy brise mes bras robustes ? Quelle fureur m'attire auprès de toi?

ROSIDOR, jouant Thésée.

Dieux justes !

FLORISE, jouant Hippolyte.

Quel philtre — j'en rougis! — égare ma raison? Car, dusse- je être esclave en ta haute maison. Je bénirais encor ma chaîne meurtrière!

ROSIDOR, jouant Thésée.

Viens donc, et tu seras ma reine et ma guerrière !

S'il est des Cercyons encore ou des Sinnis, La Grèce te verra, guerrière aux bras de lys. Les vaincre à mes côtés, de ma gloire jalouse. Sois ma compagne, sois ma sœur, sois mon épouse!

FLORISE, jouant Hippolyte. — Avec exaltation.

L'ai-je bien entendu? L'as-tu bien dit, ô roi,

O tueur de lions, que tu me veux pour toi}

Obi s'il en est ainsi, que l'Hydre aux mille bouches.

Que les géants sanglants, que les brigands farouches

Renaissent pour venir barrer notre chemin !

A nous deux, couple heureux, terrible et surhumain.

Dans les bourgs que la Haine aveugle rapetisse.

Nous irons, promenant Véternelle Justice,

Détruire à chaque pas l'esclavage odieux/

R o s I D o R , jouant Thésée. — Attirant Florise sur son cœur.

O mon amante/ Viens, digne race des Dieux, Vaincre pour le devoir et dépasser l'élite De nos héros/

FLORISE, jouant Hippolyte. — Avec amour.

Thésée/

ROSIDOR, jouant Thésée.

O ma chère Hippolyte/

Florise a joué toute cette scène avec une haute émotion tragique, dont la puissance a charmé et subjugué ses auditeurs, qui haletants, silencieux, vaincus, sont restés suspendus à ses lèvres. Quand elle ^arrête, tous les personnages laissent échapper un murmure d'admiration, et s'empressent autour d'elle pour la remercier et la féliciter.

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