ACTE IV, SCÈNE III
Enfant 1 Vous le voulez I Q.ue puis-je Pour vous, moi vagabonde? Et qu'est-il de commun Entre vous et moi? Rien. Le sauvage parfum Qui vient des bois m'enivre, et je suis de la race De ces bohémiens qu'une chaîne embarrasse I Être semblables, vous et moi 1 Nous l'essaierions Vainement. Vous disiez : Fuyez ces histrions 1 Eh bienl je ne peux pas les quitter, je suis faite Comme eux pour obéir au souffle du poëte.
Ils sont mon sang, ils sont ma chair même. Je veux Comme eux que l'Aquilon souffle dans mes cheveux ; J'ai besoin d'écouter l'éloquence magique De la Muse parlant avec sa voix tragique ; Je le suivrai toujours, ce clairon belliqueux Dont le cri les transporte, — et je pars avec eux 1
OLIVIER
Non, Florise 1 Mon front se brise. — Oh I la folie I Ne m'abandonnez pas ainsi, je vous supplie, Ou laissez-moi d'abord mourir à vos genoux !
FLORISE, avec altendrissetnenl, mais d'une voix ferme.
Tous ces lâches regrets sont indignes de nous. Ne nous obstinons pas, d'une âme si frivole, A vouloir retenir un rêve qui s'envole ; Mais plutôt laissons voir, par nos efforts sacrés. Que cet instant d'amour nous a transfigurés 1 On fait la guerre : allez combattre 1 — Soyez brave Comme il sied à celui qui s'est dit mon esclave Pendant un jour; et si l'Art, mon maître et mon Dieu, Veut embraser ma lèvre à son charbon de feu.
Par la mâle splendeur de quelque renommée
Je serai digne aussi que vous m'ayez aimée.
A vos premiers accents mon être a tressailli.
Et je les savourais d'un cœur enorgueilli,
Si, vouée à ce Dieu des paroles vivantes
Q^i m'a choisie et mise au rang de ses servantes.
Je n'eusse appartenu, porte-flambeau du jour,
A quelque chose encor de plus grand que l'amour I
Vivez. Moi je retourne à mes courses errantes ;
Et quand, tenant des lys dans ses mains transparentes.
Loin du seuil de la vie où je vous ai laissé
Le fantôme charmant qu'on nomme le Passé
M'apparaîtra, gardant vos traits que rien ne change.
Il aura la jeunesse et la fierté d'un ange I
Et maintenant, partons, Hardy I
Aux comédiens.
Venez.
Joie des comédiens, qui, gaiement et le sourire sur les lèvres, se disposent à partir. — A Célidée, qui lui tend la main avec effusion.
Adieu, Madame 1
A Olivier.
Adieu, monsieur le comte !
OLIVIER
Oh 1 c'est trop peu D'instants! Restez encore un peu 1 — Que je vous voie! D'ailleurs, non, je ne puis ainsi tuer ma joie. Je ne peux pas vous perdre, et ce cœur ulcéré Dit : Non ! Je ne peux pas. Je vous disputerai