SCÈNE II
MERCURE
Ne sois pas si barbare.
VENUS
Que veux-tu me dire?
MERCURE, regardant Vénus avec amour.
Les beaux yeux I Tel est l'éblouissant rayonnement des cieux, Lorsque le dieu Soleil y guide son quadrige A travers des chemins de perles 1 Mais, que dis-jel L*a2ur délicieux, dont l'astre d'or s'éprend. Ne vaut pas tes regards 1
VÉNUS, très surprise.
Tiens I qu'est-ce qui te prend ?
Je ne t'ai jamais vu comme cela.
Tes vagues Prunelles ont gardé la profondeur des vagues Que sur l'immensité des mers tu contemplais, Le jour où tu naquis 1
VÉNUS
Parle encor. Tu me plais.
MERCURE, à part, avec fatuité.
J'en étais sûrl
Haut.
Tu viens, et la terre est en fête !
VÉNUS
Comment donc 1 On dirait que te voilà poëte I
MERCURE
Oui, je le suis. Pour toi 1 Le Rhythme, oiseau charmant. Entre dans mon esprit avec l'enchantement Qjïe ta présence donne à l'univers physique, Et tout en moi devient harmonie et musique I
VÉNUS
Oui vraiment, c'est parler comme un faiseur de vers !
MERCURE
C'est que j'aime !
VÉNUS
Crois-moi, les lauriers sont trop verts I Abandonne l'emploi de poëte lyrique ; L'honneur en est douteux et le gain chimérique. Le génie est un gueux pensif qui meurt de faim.
MERCURE
Qjioil tant d'amour I...
VÉNUS
Soyons sérieux, à la fin.
La plus courte folie est, dit-on, la meilleure. Je m'ennuyais, tu m'as distraite. A la bonne heure I Tu te diras le reste à toi-même, en marchant. Qiiel est ton état ? Dieu des marchands ? Sois marchand. A quoi sert un courrier, s'il ne court? Prends tes ailes A ton cou. Fais ménage avec les hirondelles.