SCÈNE III
Approchant la pomme de ses lèvres.
Je puis Le savoir tout à fait. Je n'ai qu'à mordre.
Retirant vivement la pomme.
Et puis Après? Ce serait mal, car j'ai juré.
Avec un long soupir.
Mais comme Cela doit être bon de manger une pomme I
Approchant encore la pomme de ses lèvres.
Si je veux...
La retirant.
Non, c'est mal. Éteins-toi, mon désir, Meurs! Si vous m'épiez, brise, tremblant zéphyr. Vous voyez que je suis sage et que je retire Mes lèvres de ce fruit caressant qui m'attire ! Avec dépit.
Vraiment, cette Junon est heureuse. Elle n'a QM'à parler I On irait jusqu'au fond de l'Etna Pour chercher ce que veut son caprice farouche. Douce pomme I On dirait qu'elle baise ma bouche I
Parlant à la pomme.
Tu me tentes I Tu viens mêler ton souffle au mien, Charmeresse 1 Va-t'en. Je ne veux pas.
Comme involontairement, elle donne un coup de dent et mord la pomme. Lui parlant.
Eh bien.
Folle 1
Avec une philosophie résignée.
Tant pis. Le mal est fait. 11 ne m'en coûte
îi
Pas plus d*en finir. Non. Je veux la manger toute. Ma foi I Junon verra son espoir envolé 1 Je m'en moque.
Mordant la pomme d belles dents.
Oh 1 c'est bon, bon comme un fruit volé !
C'est bon comme un tour fait à Junon 1
EUe mange la pomme. Comme frappée d'une idée subite.
Qjie dirai-je A Mercure?
Se rassurant tout de suite.
Après tout, il me tendait un piège!
Chacun le loue avec raison d'être éloquent Et beau diseur; mais il est Dieu, par conséquent Homme; sachant fort bien lancer une épigramme. Si l'on veut, mais sot. Moi, je suis doublement femme, A tout le moins! Les gens du sexe fort sont nés Pour être des pantins qu'on mène par le nez,
S'asseyant sur le lit de repos.
Et je m'efforcerais à chercher que lui dire?
Des raisons ? J'ai mes yeux. Des mots ? J'ai mon sourire !