ACTE I, SCÈNE V
Trois jours si longs ! trois jours mortels d'attente vaine I Tout est fini, va-t'en.
ÉROS
Ne parle pas de haine I Ton sein, ton jeune sein frissonne de bonheur, Glaucé, ta lèvre en feu s'ouvre comme une fleur, Et sur moi, tout brillants de courroux, tes yeux mêmes Se lèvent comme un ciel, tu vois bien que tu m'aimes 1
Depuis un moment, Gniphon est entré à pas de loup, et épie les deux amants, tantôt s'avançant sur la pointe des pieds pour tâcher d'entendre leurs paroles, tantôt se cachant dans un buisson ou derrière un tronc d'arbre, quand il craint d'être aperçu.
Dis-les, dis-les encor, ces mots mélodieux Qjii me ravissaient!
GNIPHON, à part.
Bon. Voilà qui va des mieux.
GLAUCÉ.
Non, non, je veux guérir cette lâche faiblesse.
ÉROS, tendrement.
Et m'a-t-il épargné, le trait d'or qui te blesse ?
Tiens, tiens, sens mon cœur battre et ma main tressaillir.
GLAUCÉ, faiblissant*
Non, laisse-moi, j'ai dit que je veux te haïr.
GNIPHON, à part, avec ironie.
Touchante amour I
ÉROS, à Glaucé.
J'irai mourir si tu l'ordonnes.
Avec câliner ie.
Ma petite Glaucé, dis que tu me pardonnes I
Tombant d genoux.
Pose tes petits doigts sur mes cheveux flottants Et parle.
GNIPHON, à part.
Prévenons Diane, il n'est que temps.
// sort, en menaçant du doigt Eros et Gîaucè.
GLAUCÉ, à Éros.
due faisais-tu pendant ces trois jours, infidèle?
ÉROS
Écoutez-la, forêts, dites comme elle est belle I
GLAUCÉ.
Tu soupirais aux pieds d'une autre, n'est-ce pas?
ÉROS
Je t*aime, j'aimerai Glaucé jusqu'au trépas.
GLAUCÉ.
Puisque tu garderas le silence, —
ÉROS, admirant Glaucé.
O doux charmes!
GLAUCÉ.
Puisque tu n'es ému de rien, ni de mes larmes, —
ÉROS
Ma Glaucé, mon cher cœur 1
GLAUCÉ.
Ni de mes longs ennuis.