ACTE I, SCÈNE III 27I
Dis-moi qu'elle est l'épouse et l'amante d'Achille ! Ma mère, dis cela, car le brûlant Désir, S'abattant sur mon cœur, est venu le saisir, Depuis que mon regard altéré la contemple I Deïdamia ! Dieux !
DEÏDAMIA, à ses sœurs.
Mes sœurs, allons au temple De Pallas.
De nouveau les Princesses traversent lentement la scène, puis disparaissent par l'avenue qui touche d la maison de Lycomèdef toujours suivies par les yeux de The'tis et d' Achille f qui les regardent encore après que le spectateur les a perdues de vue,
THÉTIS, à Achille.
O mon cher enfant 1
ACHILLE, les yeux tournés vers Deïdamia,
Je ne veux rien Que Deïdamia. Non, plus rien qu'elle!
THÉTIS, vite, d'un ton persuasif.
Eh bien.
Fais ce que je voulais, entre dans sa demeure ! Inconnu, tu vivras auprès d'elle à toute heure. Et tu pourras la voir sans cesse.
Th/tis, poursuivant son projet de déguiser Achille en jeune fille, profite du trouble où ses paroles ont jeté Achille et se hâte de dénouer les liens qui relèvent sa tunique, de façon que tombant alors jusqu'à ses pieds, cette tunique semble être un vêtement de femme.
ACHILLE, à Thétis.
Qjie Êiis-tu?
THÉTIS
Rien. J'allonge ces plis. Vois, n'es-tu pas vêtu Comme elle?
Théiis dénoue les cheveux relevés sur le front d* Achille, qui alors ruissellent sur son cou et sur ses épaules.
ACHILLE
Que fais-tu, ma mère?
THETIS
Je délivre
Tes cheveux ruisselants.
ACHILLE, tout à sa pensée.
Être près d'elle 1 y vivre !
THÉTIS
Maintenant, le manteau.
Elle ôte son manteau, qu'elle met à Achille, et dont elle dispose gracieusement les plis sur son épaule.
ACHILLE
Mais...
THÉTIS, enveloppant Achille de son regard.
Sans cesse, mon fils.
Comme le pâtre admire une touffe de lys.
Tes yeux s'enivreront de sa blancheur sans tache !
ACHILLE
Vivre près d'elle !