ACTE I, SCÈNE V
Et tous les Phrygiens se hâtant vers ses murs! Sur leurs frères fauchés comme des épis mûrs, Devant ta claire épée ils fuiront comme un rêve, Et le cruel Hertor, dont le front haut s'élève Comme un chêne que nul ouragan ne ploya, Tombera sous tes coups.
ACHILLE
O Deïdamia!
Les Princesses paraissent, revenant du temple de Pallas par l'avenue qu'elles ont prise pour s'y rendre, et en même temps le roi Lycomide sort de sa maison. — Ne voulant pas encore se montrer à eux, Thétis entraîne Achille.
THÉTIS, à Achille, Viens.
SCÈ'N.E V
deïdamia, thoê, zeuxo, perséis, lycomède.
LYCOMÉDE, allant au-devant des Princesses.
Mes filles, —
Seigneur, —
276 DEÏDAMIA
LTCOMÊDE.
O mes filles chéries !
Vous faites bien, laissant les parures fleuries. De prosterner vos fronts pour suppKer les Dieux, Car le temps est venu des combats furieux.
Et le grand cri d'Hellas, dans sa gloire outragée. Épouvante déjà toute la mer Egée.
L'âge a glacé mon sang. A peine puis-je encor Dans ma tremblante main tenir le sceptre d'or ; Mais, pour vous protéger, vieux lion tutélaire. Je saurai, s'il le faut, réveiller ma colère.
La mer frémit et s'agite, et on entend gronder dans Us flots comme de sourds tonnerres.
Cependant, écoutez I Q,uel prodige 1
THOÉ.
La mer S'agite avec fureur, —
PERSÉIS.
En dépit du ciel clair.
ZEUXO.
Comme un lion blessé qui sanglote et qui souffre. Le flot pleure.
PERSEIS.
On entend les hurlements du gouffre.
THOÉ.
Et maintenant dans l'air calmé brille une iris.
ZEUXO.
O mes sœurs I
Qji'ai-je '
La déesse Thétis I
Roi, {e t'amène Iphis, k sœur de mon Achille. Des Nymphes i'élevaient jusqu'à ce jour, dans ['SIe D'Icos, mais quand sévit la guêtre affreuse, 6 Roi, Je lui donne un plus sdr asile près de toi.
Vois ses yeux I Vois son air indomptable et sauvage I K'est-ce pas bien l'aspect farouche et le visage De son fréreî Voill pourquoi je craindrai moins Pour elle, après l'avoir confiée à les soins. Toujours en sa fureur guerrière, dès l'aurore, Iphis veut porter l'arc et le carquois sonore. Et, comme l'amaione, en son dédain jaloux Se refuse i marcher sous le joug d'un époux.
278 DEÏDAMIA
Mais dompte cette ardeur à mes désirs contraire. Car c'est assez que j'aie à craindre pour son frère. Qji'elle vive les jours de sa jeune saison Parmi tes filles, sous tes yeux, dans ta maison, Et qu'elle porte, au lieu des armes abhorrées, Les corbeilles, les fleurs et les choses sacrées. Qu'elle ne coure pas dans les noires forêts I Et surtout, car plus tard tu te repentirais.
Défends-lui d'approcher du port et du rivage. Déjà bien des vaisseaux, apportant le ravage Dans quelque île paisible, ont parcouru ces mers ; Ne nous expose pas à des regrets amers.
Et mon cœur bénira ton auguste vieillesse Si tu me rends un jour cette enfant.
O Déesse I Tes yeux ont honoré mon front devenu blanc, Puisque tu m'as choisi pour veiller sur ton sang. Viennent les Phrygiens et, maître de cette île. Je saurai protéger la jeune sœur d'Achille, Ou mourir.
T H É T I s , étendant sa main sur la tite d' Achille.
Adieu, toi que bercèrent mes bras !
Toi, mon trésor!
ACHILLE
Ma mère!
THÉTIS, avu un sourire caressant.
Et tu m'obéiras?