ACTE I, SCÈNE VIII
Laisse, laisse du moins ta Deïdamia Qjii sera veuve, hélas I avant que d*êtré épouse, Te' prendre quelques jours à l'amante jalouse Vers laquelle tu cours au rivage troïen I
ACHILLE
O Deïdamia! tête chérie! — Eh bien,
Viens d'abord nous jeter aux genoux de ton père !
Que sa pitié m'accueille, ainsi que je l'espère.
Chère âme, ou qu'il me faille, errant, porter mes pas
Loin de ton île heureuse, il ne me convient pas
D'abuser ce héros divin par quelque ruse.
Qjie sa bouche, d'ailleurs, me condamne ou m'excuse.
Il me tarde, en mon cœur, de quitter promptement
Ces parures d'emprunt et ce déguisement.
Allons donc sans retard, car ce souci me presse.
Supplier le Roil
LTCOMÈDE, s'avançant, à Achille»
Sage enfant d'une Déesse, Le Roi vous entend.
DEÏDAMIA, tombant aux pieds de Lycomède»
Sois secourable pour nous, Mon père I Vois, j'embrasse en pleurant tes genoux, Car ce fut pour Thétis une invincible joie De m'ofFrir au cruel Amour, comme une proie.
LYCOMÈDE, à Deïdamia.
Deïdamia, viens, heureuse, dans mes bras, Et relève ton front 1
A Achille.
Achille, tu seras
288 DEÏDAMIA
Mon fils. Donc évitons toute parole amère.
Car il suffit du sang illustre de ta mère Pour qu'à ton nom tout cède, et dans tes yeux de feu Ëclate assez l'audace et la fierté d'un Dieu. Cependant, obéis à ta ihère divine!
Étouffe la fureur qui brûle ta poitrine.
Bientôt les Danaens jaloux t'emmèneront.
Jusque-là, que ces clairs joyaux cachent ton front. Car il faut que pour tous tu sois Iphis encore I Il est prochain, ce jour à la sanglante aurore Où tu redeviendras pour tous Achille; mais Alors tu quitteras cette ile pour jamais.
DEÏDAMIA, avu un sanglot.
Hélas 1
LTCOMÈDE, à Deîdamia.
Les Immortels, si ta bouche les prie, Éloigneront ce jour fatal. O ma chérie, Laisse fuir loin de toi les noirs pressentiments. Et nous invoquerons Zeus, gardien des serments, Dont le tonnerre brille en déchirant la nue I Mais va près de tes sœurs, car leur âme ingénue Loin de toi s'inquiète, — et calme ton effroi, Puisque ton jeune époux doit marcher avec toi Vers mon seuil que la mer tumultueuse effleure. Et, sa main dans la tienne, entrer dans ma demeure I
Deîdamia et Achille, que Lycomide suit du regard, entrent dans la maison. '