‹ Comédies (volume 2)Chapitre 142 sur 182 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

Pour abattre Ilios, et qui, dès le matin De ma vie, entouré de mille funérailles, Dois tomber dans ses champs et devant ses murailles. Pour éloigner ce jour qui cause son souci, Ma mère près de toi vint me cacher ainsi, Et certes j'aurais fait des choses encor pires Pour vivre, fût-ce un jour, dans l'air que tu respires ! Mais à présent que sous le ciel, poui^ m'embraser, Ta rouge lèvre a mis sur mon front ce baiser, Je courrai vers la Mort pourprée, altéré d'elle 1 Car quel rêve atteignant les astres d'un coup d'aile Vaudrait pour moi l'instant céleste où, dans ce lieu. Ta bouche avec son souffle adoré m'a fait Dieu I Oh l que les Lyciens, que tous les Priamides Viennent, précipitant leurs pas de sang humides, Et que je voie autour de mon front souverain Le grand vol furieux des javelots d'airain 1 Qji'un tas de guerriers morts devant moi s'épaississe. Et tombant à mon tour, que la Moire obscurcisse Mes yeux, dans ce tumulte et parmi ces rumeurs!

DEÏDAMIA, défaillante. — Avec amour.

Ne parle pas ainsi, car si tu meurs, je meurs.

ACHILLE, transporté de foie»

Qji'entends-je?

DEÏDAMIA.

A l'heure même où nous nous rencontrâmes, Le même trait de flamme a brûlé nos deux âmes.

ACHILLE

Oh 1 s'il en est ainsi, vers les sanglants périls Je marcherai, plus fier que les Dieux, dussent-ils

286 DEÏDAMIA

Éblouir de leurs feux mes yeux visionnaires.

Et faire sur mes pas éclater leurs tonnerres I O Deïdamia, chaste fille de Roi I Je sens bondir d'amour et bouillonner vers toi. Dont le regard d'argent ressemble aux nuits sereines. Chaque goutte du sang qui frémit dans mes veines ! Voyant que Deîdamia s'incline, pâle et languissante.

Mais qu'as-tu? Sur tes yeux tremblants et demi-clos Passe un voile, ta lèvre étouffe des sanglots. Et fait voir, douce fleur que la pourpre déserte, La pâleur de la mort sur ta bouche entr'ouverte I

A ce moment, Lycomède sort de sa maison, s'arrête au fond de la scène, et, sans être vu, 'assiste d l'entretien de Deîdamia et d'Achille.

DEÏDAMIA, avec mélancolie.

Heureux les époux rois assis dans leur maison, Qui voient tranquillement s'enfuir chaque saison. L'époux tenant son sceptre, environné de gloire, Et l'épouse filant sa quenouille d'ivoire I Mais le jeune héros qui, le glaive à son flanc. Court dans le noir combat les mains teintes de sang. Laisse sa femme en pleurs dans sa haute demeure.

ACHILLE

Les Dieux ne voudront pas sans doute que je meure Si tu m'aimes! L'amour est plus fort que la mort.

DEÏDAMIA.

Hélas I rien ne prévaut contre l'arrêt du sort. Mais, si l'ombre déjà baigne ta chevelure Et si tu dois tomber sous une flèche obscure, — Esclave du destin qui te sacrifia.

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