ACTE II, SCÈNE I
Puis tout à coup, prenant mon front pour le baiser, Il me nommait : Peureuse 1 et moi , pour l'apaiser, Je lui montrais son fils, riant comme Taurore 1 Enfin, il l'a promis, pour quelques jours encore Il se résigne à feindre ; il veut bien que mes pleurs S'épuisent I Mais j'ai peur de ces deux oiseleurs, De ce fier Diomède à l'œil fauve, et d'Ulysse, Qjii me déchireront le cœur avec délice.
PERSÉIS.
Ulysse I
THOÉ.
On dit qu'il est rusé comme un voleur.
ZEUXO.
La persuasion sourit comme une fleur Sur sa lèvre.
PERSÉIS.
Il est plein d'inventions subtiles.
THOÉ.
Il en a plus que n'ont d'épis les champs fertiles, —
ZEUXO.
Et sage, varié, formidable, étonnant.
Il volerait la foudre aux mains de Zeus tonnant.
THOÉ.
Toujours l'ingénieux mensonge ourdit ses trames.
PERSÉIS.
Je le veux bien. Mais nous, mes sœurs, nous sommes femmes ;
294 DEÏDAMIA
Une chasse au filet ne peut nous £ûre peur.
Et nous réussirons à tromper ce trompeur.
DEÏDAMIA.
Mais comment? Car il est cruellement habile.
PERSÉIS.
Tant mieux. Comme toujours ton indomptable Achille,
Fou comme à l'ordinaire, en ses emportements
Laissera soupçonner son sexe à tous moments.
Or il convient, voilà ce que je te propose,
Qjie chacune de nous l'imite en toute chose.
— J'ai raison, je le vois à vos rires malins I
S'il a des mouvements rudes et masculins
En dépit du péplos léger qui le décore.
Nous en aurons qui soient plus masculins encore;
Si bien qu'Ulysse, en quête ainsi qu'un tigre à jeun.
Aura près de lui cinq Achilles au lieu d'un I
ZEUXO.
L'ingénieuse ruse et l'excellente idée I
THOÉ.
Voici mon père, Ulysse et le fils de Tydée, Beau comme un immortel, avec son casque d'or. Fuyons les Rois divins.
Les Princesses se retirent avec précaution, et en même temps entrent Lycomêde, Ulysse et Diomède, sortant de la maison.