‹ Comédies (volume 2)Chapitre 15 sur 182 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Il feint de sortir, et grimpe dans î'arbre, où il se hloltit. Diane entraine Glauci sur le devant de la scène, et là, la tenant par la main et la dévorant du regard, lui parle à demi-voix avec une vive émotion et une colère qi^elle ne peut contenir.

DIANE, à Glauci,

Et toi, toi, maintenant, parle.

GLAUCÉ, à part.

Je meurs d'effroi I DIANE, à Glauci, Parle, dis quel infâme était là près de toi?

GLAUCÉ, balbutiant.

J'étais seule...

DIANE

Ah I tu mens, à présent. Toi si pure I Ce bruit qui m'a frappée au cœur, comme une injure. Ce baiser... car c'était un baiser, n'est-ce pas?

GLAUCÉ, pâle de terreur.

Non, reine.

DIANE

Si perfide 1 Elle qui sur mes pas.

Chaste, faisait songer aux neiges de la Thrace I Ce n'est pas un baiser? Caches-en donc la trace Au moins ! Dis-moi pourquoi ton front reste abattu ? Pourquoi donc frémis-tu ? Pourquoi donc trembles-tu ? Réponds. Cette rougeur, d'où vient-elle? Sans doute La fatigue, le vent? Parle donc, je t'écoutel

GLAUCÉ, suppliante.

Déesse !

DIANE

Tes cheveux, qui les a dénoués?

Une branche, en passant I

Voyant des larmes dans les yeux de Glauci.

Ah ! les Dieux soient loués 1 Tu pleures I Tiens, vpis-tu mon visage? Ta honte L'empourpre ; ta rougeur à la face me monte.

Et ta faute cruelle a, comme un trait subtil, Blessé mon propre sein. Mais que te disait-il? Rien, vraiment 1 Ce baiser? un bruit dans le feuillage ! La brise! -Non, Glaucé, ne mens pas davantage,

Lui posant la main sur le coeur.

Ces yeux mourants, ce cœur qui bat à se briser, Ces pâleurs... tu vois bien que c'était un baiser I

GLAUCE, se jetant aux pieds de Diane, Grâce 1 grâce 1 pardon.

DIANE, sévère.

Relève-toi.

GLAUCÉ.

Diane 1 Entends-moi.

DIANE, exaltée.

Tu connais la loi qui te condamne.

Pour vivre près de moi loin de l'homme odieux. Aux bois sacrés où sont empreints les pas des Dieux, Où le cygne en passant nous touche de son aile, Je veux des cœurs plus purs que la neige éternelle Des montagnes, plus froids que le troupeau glacé Des étoiles. Suis-moi.

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