‹ Comédies (volume 2)Chapitre 166 sur 182 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Au combat, diront : Cest un autre Lycomède 1

Car l'amour du péril, âpre et délicieux,

La bravoure qui fait briller mes sombres yeux

Et l'orgueil inflexible et fier que je savoure

En moi, c'est ton orgueil, père, et c'est ta bravoure 1

A Ulysse et à Dtomède.

Et maintenant, déjà s'enflant et se levant.

Nos voiles doucement frémissent dans le vent; L'air est pur, je me sens plein d'un espoir céleste 1 O mes amis, partons.

D E ï D A M I A , s'atiachant aux pas d'Achille.

Non, je ne veux pas. Reste.

Ce que tu vas chercher là-bas, c'est le trépas I Je garde mon trésor. Je ne te donne pas Au carnage, qui soufiîe avec sa froide haleine. Que nous font les amours de cette fauve Hélène? Que nous importe si Paris, folle d'amour.

L'emporta, cependant qu'à la chute du jour La petite Hermione avec des cris sauvages.

En se tordant les mains, courait sur les rivages? Un Atride n'a pas su conserver son bien Dans sa demeure? moi, je veux garder le mien. Qjae cette Hélène fasse un brasier de l'Asie ! Et que la haine, au lieu d'un souffle d'ambroisie. S'exhale de sa bouche et de ses blonds cheveux ! Que tous la suivent ! moi, j'y consens. Je ne veux Lui disputer qu'Achille et que Néoptolème.

Tu ne partiras pas. Je ne veux pas. Je t'aime l

ACHILLE

Ma mère, dont l'encens blanchit les purs autels, Me l'a dit : seul parmi tous les hommes mortels

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Qjii servent de jouet aux Parques obstinées.

J'ai le droit de choisir entre deux destinées.

Oui, si je vais à Troie, où le deuil effrayant

S'apprête, je mourrai tout jeune, mais ayant

Fait de nombreux travaux ; jusqu'à l'heure dernière

Conducteur de chevaux à la blonde crinière.

Ayant pris et conquis de mon bras souverain

De l'argent et de l'or et des trépieds d'airain.

Je mourrai comme il sied à des Rois que nous sommes,

Faisant voler mon nom sur les bouches des hommes,

Et n'ayant plus en moi rien à purifier;

Car cette Hélène à qui je veux sacrifier

La vie, avec raison tant chérie et vantée,

Ce sont les Dieux, et c'est la patrie insultée I

Et mon renom splendide et pur de tout affront

Servira de parure éternelle à ton front;

Les chanteurs, dont le cœur répugne aux choses viles.

Chanteront mes combats merveilleux dans les villes :

Et quand tu passeras, la fierté sur le front

Et l'orgueil dans les yeux, les laboureurs diront

En promenant le soc dans la terre fertile :

Voilà celle qui fut la compagne d'Achille I

Je puis aussi, les Dieux l'ont permis, vieillir dans

Un palais, content, vil, infâme, accablé d'ans.

Accessible à la peur hideuse qui nous dompte.

Puis mourir enfin, plein de vieillesse et de honte ;

Et quand ton fils pourra soulever de sa main

Le sceptre d'or, s'il passe un jour dans un chemin.

Tous les hommes, qu'il veuille ou non remplir sa tâche,

Diront : Voilà le fils de ce roi qui fut lâche 1

Et les vierges enfants aux rires querelleurs

Qpi vont d'un pas léger sur les coteaux en fleurs.

Et dont le front est gai comme un matin de fête,

Avec un dur mépris détourneront la tête.

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