SCÈNE III
N É R I N E , à part.
SCAPIN
Pas encore!
Les Destins ont parlé ! Cest bien : je me soumets. C'est dit. Je partirai tout seul.
NÉRIKE, u levant et courant vers Scapin.
Non, pas seul, mais Avec celle qui t'aime et qui de toi s'afFame, O mon maître, avec ta servante.
SCAPIN , prenant Néritie dans ses bras.
Avec ma femme.
NÉRINE
Scapin I mon amour 1
SCAPIN
Oui, ton ciel n'est plus voilé.
Grandis. Tu marcheras dans ton rêve étoile, Car j'emporte au soleil mon cher trésor et l'Eve De mon paradis.
NÉRINE
Oui, ta femme — et ton élève 1 Au public.
Mesdames et messieurs, vous avez tout pouvoir A présent. Pardonnez au poëte d'avoir Mendié, d'une main peut-être familière, Pour son festin d'un soir, les miettes de Molière. Pardonnez-lui de s'être un moment enivré D'un peu de vin resté dans le verre sacré 1
Qu'à l'abri Cène fleure Doni Thali
Messieurs, un bravo...
Les peintres modernes ont trouvé des merveilles pour costumer nos comédies, et il faudrait de longues pages rien que pour décrire les habits imaginés pour les personnages des pièces qui composent ce volume. Mais je noterai seulement ici les indications indispensables aux comédiens qui les jouent en province.
Les costumes avaient été dessinés avec le goût le plus poétique par M. Charles Voillemot. — Éros, eu berger, (acte I, scène ii,) tunique gris perle avec une peau de mouton blanche. Une houlette. Des bottines en cuir naturel. Chapeau de paille attaché sur le dos. — Sous les traits du chasseur Hylas, (acte I, scène v,) il porte la même tunique avec une écharpe violette. Un arc et un carquois. — En berger Endymion, (acte II , scène ii ,) il porte une tunique
blanche relevée à la ceinture et un manteau couleur de rose. Attachée en bandoulière, une flûte de roseau. — A la scène vi du second acte, même tunique avec un bonnet phrygien et des bottines écarlates, et sur les épaules une peau de lion. — Diane est vêtue d'une tunique bleue étoilée; au premier acte, avec une peau de panthère et un grand arc à la main; au second, avec un long voile bleu. Diadème d'argent en croissant, et brodequins d'argent. — Les costumes des Nymphes sont chacun d'une seule couleur, blanc pour Glaucé, jaune soufre pour Eunice, rose pour MéliU. Elles sont chaussées de crepidae de la même couleur que leur costume.
Orgon, cheveux blanc de neige sous une calotte noire. Habit et culotte en velours frappé, veste brodée à la main, en soie sur canevas, bas à fleurs de couleurs naturelles brodées en soie, souliers à grandes boucles d'argent carrées. — Le costume de Uandre est celui de L'Indifférent, de Watteau, (musée du Louvre, galerie Lacaze.) On y a ajouté seulement, pour les besoins de la comédie, une épée à poignée d'acier taillée en diamants, pendue à un ceinturon de cuir naturel. — Pour Colomhine, la comédienne doit choisir, selon sa fantaisie, dans l'œuvre de Watteau, une robe à fourreau très riche. La fille d'Orgon doit être vêtue non en soubrette, mais en dame, et lorsqu'elle dit (scène vu) :
Sans payer seulement les robes que je traîne, le spectateur doit sentir la vérité violée, comme
lorsque la Dorimène du Mariage forcé dit à Sganarelle : Il me tarde déjà que je n'aye des Habits raisonnables, pour quitter viste ces guenilles.
Rien n'est plus difficile que de costumer des Dieux au théâtre. Ne pouvant les faire voir dans leur nudité sacrée, on doit les vêtir le plus possible, car, ainsi que le dit Edgar Poe, rien ne fait mieux songer à une chose que son contraire même. — Avec la générosité des grands artistes, M. Gustave Moreau, l'admirable créateur du Sphinx et de la Jeune fille recueillant la tête d'Orphée, sl bien voulu peindre pour La Pomme deux aquarelles qui sont des chefs-d'œuvre.
Vénus. Diadème d'ivoire et de corail. Cheveux en bandeaux, avec mèches pendantes, serrées de place en place par des joyaux pareils. Longue robe blanche sans plis, avec manches collantes, semée de roses d'or à feuillages verts, et dont le bas est formé de deux rangs de perles, d'une bande de riche broderie et plus bas d'une très haute frange de diflFérents ors. Large ceinture de tous les ors, éblouissante de pierreries, d'où pend un double rang de perles lâche, relevé par une énorme émeraude entourée de grosses perles. Collier et longues pendeloques d'or. Au haut et au bas des bras, bracelets très larges, pareils à la ceinture. Long manteau droit d'un sombre vert de mer, bordé d'une légère broderie noire et attaché par un gros diamant noir, serti dans un cercle d'or entouré de perles grises. Vénus tient à la main un miroir d'or poli, dont les ornements rappellent sa parure.
Mercure. Visage d'une pâleur mannoréenne.
Longue chevelure, coupée courte sur le front. Le bonnet phrygien, bleu avec des ailes noires très pointues et de longues mentonnières pendantes, est celui du Persée de Coysevox (Jardin des Tuileries). Tunique sans plis, rose, à dessins blancs formant à peu près une croix, avec des manches bleues, et, prenant sous le bras jusqu'au bas de la tunique, une large bande en damier noir et argent. Le bas de la tunique est orné de deux rangs de dessins de damiers pareils, coupés d'une guirlande blanche. Ceinture bleue coupée de carrés noirs, ornée de perles et surmontée de dessins ovales blancs et noirs, couronnés de grêles fleurettes. Manteau noir, attaché par une large agrafe. Jambes nues. Très hautes jambières roses, bordées de bleu, ouvertes sur le devant, rattachées par trois grosses perles, et auxquelles sont attachées de hautes ailes noires.
DEÏDAMIA.
Les costumes, dessinés par M. Thomas avec une curieuse recherche d'archaïsme semi-barbare, font partie de la collection d'aquarelles de l'Odéon, qui peut être consultée à la bibliothèque du théâtre.
Il faut bien se garder de montrer Scapin costumé en Mezzetin, comme on le &it si abusivement à la Comédie-Française, dans la farce illustre de Molière. Dans son Histoire du Théâtre Italien, Louis Riccoboni a donné (planche VIII) une admirable gravure de
VHahii de Scapin, que le comédien ne saurait trop consulter.
Fauve et hdlé, avec des cheveux crépus, courts sur le devant, cachant le front, et longs par derrière, des yeux de braise et une barbe courte aux moustaches hérissées, Scapin a la mine scélérate. Son habit est une casaque blanche avec des quilles vertes, collante jusqu'à la taille et se terminant par des basques flottantes, tombant au milieu des cuisses.Les manches sont étroites et également ornées de quilles vertes. Le pantalon, qui se rétrécit en bas et qui se termine au-dessus de la cheville, porte le même ornement. Ceinture en cuir naturel, dans laquelle est passé un poignard droit ou couteau, et soutenant une sorte de gibecière placée exactement au milieu de la taille. Bas de soie verts. Souliers en cuir naturel, à bouffettes de rubans verts. Scapin s'enveloppe dans un large manteau vert des deux côtés, orné de quilles blanches, et il tient à la main un bonnet blanc avec passe à revers en étoffe verte.
Nérine, Cheveux relevés et bouffants, coiffure de Watteau. Petit béret avec plume floche. Robe de satin rose à jupe droite, à corsage en pointe très décolleté avec des nœuds de ruban en échelle. Au cou, une fraise en collier. Sur l'épaule, petit manteau de satin jaune doublé de rose, à petit collet rabattu. Bas de soie jaunes à coins roses, souliers de satin rose à bouffettes jaunes.
C^rs