ACTE II, SCÈNE II
ÉROS
Mais dis-moi, Satyre, amant vainqueur, Entend-on par le bois soupirer tes victimes?
due me contait la brise, et qu'as-tu fait?
GNIPHON, tragiquement.
Des crimes. Je règne. Ces enfants m*aiment.
ÉROS
Toutes les deux?
GNIPHON.
Toutes les deux, ami. Que veux-tu, c'est hideux, Je brave les serments, les lois, les moeurs, l'usage : La faute en est aux Dieux qui m'ont fait ce visage 1
ÉROS
Entre elles deux, choisis ; ne trouble pas deux cœurs.
GNIPHON.
Amour, il est trop tard, le sort a ses rigueurs.
ÉROS
Choisis. La vanité sied mal aux cœurs d'élite.
GNIPHON.
Point. Je choisis Eunice et je garde Mélite.
ÉROS
Cherche une seule Nymphe et jouis des instants. Sois un amant docile et tendre.
GNIPHON.
Il n'est plus temps I Je laisse aller mes jours au vent de la folie, Je ne sépare pas ce que le hasard lie.
Mélite était avec Eunice; Eunice était .
Avec Mélite. Aux cieux, le zéphyr voletait Et des petits oiseaux faisait frémir les plumes. Elles vinrent. Nous nous aimâmes. Nous nous plûmes. Le bruit de nos soupirs, le bruit de nos serments Enchantaient le feuillage et les ruisseaux dormants ; Le jour était vermeil, le bois plein de délice 1 Qui pourrais- je choisir de Mélite ou d'Eunice? Eunice a les yeux bleus, Mélite a les yeux verts, Mélite éveille en moi les strophes et les vers, Mais la grâce d'Eunice en sa faveur milite ; Eunice m'idolâtre et j'adore Mélite 1
ÉROS
C'est étrange. On disait... — que le monde est méchant, Et que pour tout noircir il montre de penchant 1 Un serpent mord toujours les mains victorieuses!
GNIPHON, inquiet et troublé.
Qu'est-ce encore?
ÉROS
On disait que ces-Nymphes rieuses T'avaient mis au supplice et traité de hibou, Que sais-je ? de chouette I
GNIPHON, navré, à part.
Oh ! j'en deviendrai fou 1
ÉROS
Que la blanche Naïade en glose, et que les Faunes Te raillent dans la plaine où croissent les lys jaunes.
GNIPHON, péniblement.
Pur mensonge I