‹ Comédies (volume 2)Chapitre 79 sur 182 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

D'autres femmes auront ce sourire vermeil Qui vous plaît ; il en est d'autres dont le soleil Embrase avec fierté la chevelure blonde 1

OLIVIER

Oh ! taisez-vous ! il n'est qu'une Florise au monde !

FLORISE, ax>ec une froideur feinte.

Oui, je suis jeune, et comme un beau ciel d'Orient

Vous voyez resplendir mon visage riant;

Et, comme ces blancheurs, perles de mon sourire.

Mes yeux disent : Amour, et ma lèvre : Délire 1

Évitez cependant leurs futiles appas.

Car ils vous promettraient ce qu'ils ne donnent pas.

Je suis comédienne, et, selon notre usage.

L'illusion menteuse habite mon visage.

Car je puis à mon gré feindre l'émotion;

Les feux de la colère et de la passion.

L'ironie et l'amour, enchanteresse habile,

Je puis les refléter sur ce masque mobile ;

Mais cette lèvre est froide et ce cœur est glacé.

Je vous l'ai dit. — Voyez, n'est-ce pas insensé

D'étreindre dans vos bras tremblants une ombre vague.

De suivre un songe errant et vain comme la vague

Qui fuit sous le regard troublé des mariniers î

Ainsi, ne m'aimez pas.

OLIVIER, avec exaltation.

Ohl non, calomniez Ce vaste ciel d'azur où l'archer indomptable Flamboie, et dites-moi qu'il n'est pas véritable I Dites-moi que ces fleurs ont volé leur saphir Et leur pourpre, et qu'à tort je crois voir le zéphyr

l6o FLORISE

Caresser leur feuillage et baiser leurs corolles ! Ou, quand sa voix, les nuits, éclate en notes folles, Madame, dites-moi que le doux rossignol S'en est rendu le maître aussi par quelque vol, Mais ne rabaissez pas Florise que j'adore 1 Si les feux rougissants du soir et de l'aurore Sont des mensonges, si l'astre argenté, qui luit Quand le soir tombe, est un mensonge de la nuit. Ou s'il suffit d'un mot désolant pour l'éteindre, Florise est une actrice habituée à feindre, . Et peut plier son cœur à cette dure loi.

Mais, ô mon seul trésor, ne parle pas. Tais-toi. Tais-toi 1 tu me dirais encore des mensonges 1 Et que me parlais-tu de chimère et de songes? C'est ton cruel adieu, c'est ta froideur qui ment; Mais ta lèvre en fleur, mais ton visage charmant Disent la vérité 1

FLORISE, cachant son trouble.

Non.

OLIVIER

Ta fière prunelle D'or vivant me promet une joie éternelle, Et je l'écoute 1 Parle à présent, si tu veux ! Dis, ce frisson léger qui court dans tes cheveux, Ces larmes, cette main qui brûle dans la mienne, Est-ce l'émotion d'une comédienne?

Ah ! tu sais bien que non 1

FLORISE, d'un ton glacé.

Je ne vous aime pas.

OLIVIER

Ohl

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