‹ Comédies (volume 3)Chapitre 10 sur 229 · Acte I, scène III · texte numérisé non relu

Acte I, scène III

Que dis-tu, Ma petite Glaucé, d'un dragon de vertu Si rigide, qui, pour éviter qu'on l'embrasse. A besoin de garder son casque et sa cuirasse? Rires des Nymphes.

E U N I G E , riatit.

Quelle sagesse !

MÉLITE

Mais l'adorable Cypris ?

DI AN E

Sa chevelure est d'or, son visage de lys !

Tout lui sourit ; chacun la fête, chacun l'aime,

V^ulcain, Mars, Adonis, Anchise, Phébus même,

Hommes et Dieux ; sans cesse un flot grossit le cours

Sans cesse débordé de ce fleuve d'amours ;

Mais ses larmes, sa voix, ses regards, son sourire,

Tout crie en elle : <( Ayez pitié de mon martyre !

Par grâce, adorez-moi ! » Ses yeux, toujours vainqueurs,

Se baissent constamment pour ramasser des cœurs,

Et cette reine aux yeux de flamme, aux bras avares,

En chercherait, je crois, jusqucs chez les barbares.

Certes, quand on ne craint ni honte ni mépris.

Il est aisé d'avoir des amants à ce prix :

On fait à bon marché ses preuves de noblesse ;

Mais entre nous, enfants, c'est, pour une Déesse,

Respirer un encens par trop substantiel,

Et la chose est fort laide ailleurs que dans le ciel !

Diane au bois.

Hébé?

DIANE

De blanches dents et des rires sonores! Elle est accorte, et porte à ravir les amphores. C'est un joli rninois, qui sans doute plairait En versant le nectar au seuil d'un cabaret.

GLAUCÉ.

Mais les Dieux?

MÉLITE

Tout célèbre Apollon.

DiANEy avec mépris.

Un poëte!

Depuis le temps qu'il porte un laurier sur sa tête, Avec sa lèvre imberbe et son regard vermeil, Des faiseurs de chansons l'ont pris pour le Soleil, C'est mon frère, Mèlite, un maître ea ciselure, Mais il n'est astre enfin que par la chevelure. C'est un de ces rêveurs au langage peu sûr Qui lèchent les torrents et qui mangent l'azur Du ciel, et qui s'en vont, le feu sur les pommettes, Peigner à tour de bras les cheveux des comètes ! J'aimerais mieux le voir, couronné de festons, Retourner franchement à ses petits moutons. Que s'en tenir toujours à ce triste délire D'un arrangeur de rhythme et d'un racl.nir de lyre !

Et Mars?

■ne III.

Un trouble-fête ! un glorieux soudard ! Celui-là n'ennuiera personne à force d'art; Ce dur géant, plus haut qu'une tour crénelée, S'avance avec le bruit des chars dans la mêlée ; Son visage velu, prêt aux rebellions, Imite la douceur des ours et des lions ; S'il parle, il fait fuir l'aigle effrayé vers son aire, Et lorsqu'il dit : u Je t'aime ! » il fait peur au tonnerre.

Avec dépit.

Et puis, tous ces gens-là, tant que dure le jour, Ne respirent, ne font, ne rêvent que l'amour ! L'amour, quel passe-temps ridicule ! Ames vaines. Sentir courir la glace et le feu dans ses veines, Des soupirs, des sanglots, des plaisirs achetés Par tant de désespoirs et tant de lâchetés. Voilà ce qu'on récolte à la guerre amoureuse. L'Amour, on l'a chassé du ciel, j'en suis heureuse ! Et sa confusion, comme j'en ai joui!

Oh! vous le haïssez, n'est-ce pas mes sœurs?

M ÉLITE, avec embarras.

E u N I C E, de même.

Oui, sans doute.

GLAUCÉ, s' enhardis saut.

Pourtant, Déesse,...

DIANE, menaçante.

Oui.

Qu'csi-ce à dire

i8 Diane au bois.

M ÉLITE

On trouve..

EU NICE

Assure-t-on...

GLAU CE.

Du charme à ce martyre !

DIANE, irritée.

Tais-toi.

MÉilTE.

Chacun prétend que ces chagrins sont doux..

EU NICE

Et que ce mal. . .

GLAUCÉ.

Est bon à souffrir !

DIANE, tout àjait menaçante.

Taisez-vous! | Enfants, la volupté des cœurs de grande race, Non, ce n'est pas l'amour timide, c'est la chasse! Entendez-vous le cor de mes Nymphes, là-bas? La chass'e ivre et fougueuse, image des combats. Qui, tout le jour, parmi la nature sacré S'en va, d'air balsamique et de sang altérée. Oh! la robe agrafée au-dessus du genou, L'arc à la main, courir nu-jambes et nu-cou, Franchir un bras de fleuve en nos libres allures Et sentir les buissons fouetter nos chevelures. Voir le cerf éperdu fuir sous le vent des cors. Tandis que, remplissant les montagnes d'accords,

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