SCENE VL
FLORISE
O bonheur déchirant ! délices du martyre ! O choc mystérieux, qu'enfin j'ai ressenti ! Non, non, mon jeune amant, je n'ai rien à vous dire, Sinon que vous aviez raison, car j'ai menti.
Et lorsque je niais la cuisante brûlure
Qui m'embrase et me mord.
Je la sentais pourtant mettre en ma chevelure
Le frisson de la mort !
Eh bien! Amour, tyran de la nature entière. Toi que j'ai méprisé, toi que bravaient mes yeux, Tu m'as donc prise, moi si cruelle et si fiùre, Et tu mets sur mon front ton pied victorieux.
i66 Florise.
Oui, le fouet à la main, comme un maître farouche
Tu viens, mon jeune roi, Pour chasser de mon cœur fragile et de ma bouch
Tout ce qui n'est pas toi!
Sois fier de ton courroux et de ta violence. Un flot de pleurs amers dans mes yeux demi-clos Roule, et j'entends en moi dans le morne silence Ton orage frémir et gronder tes sanglots.
Enfonce dans ma chair tes ongles avec joie!
Pleure et voltige autour De mes tempes ! — Je suis ton bien, je suis ta proie,
Dieu redoutable. Amour !
Oui, le cœur tout brûlé de tes divines fièvres, Je te supplie, Archer subtil et décevant, Puisqu'en cette poitrine ardente et sur mes lèvres. Hors ton souffle, je n'ai plus rien qui soit vivant !
Entre Hardy, pensif, et tenant à la main un cahier qu'il lit. — Tout à coup, il aperçoit Florise encore toute troublée de son exaltation solitaire, et quitte sa lecture.
Je bénirai ta main qui tue et martyrise, Et je suis à toi ! Prends ta victime.
Apercevant Hardy.
Ah!