FLORISE, HARDY
HARDY, à part.
Florise!
Au risque cette fois d'affronter son courroux, Sachons Jusqu'où le mal en est venu.
FLORISE, haut.
C'est vous, Hardy ?
HARDY
Je relisais ce rôle d'Hippolyte Qui s'accorde si bien à votre esprit d'élite!
FLORISE, très-distraite. D'un ton indiffèrent. Ah ! — Nous verrons.
HARDY
Sans doute, et dès après-demain.
Ce personnage épique et cependant humain En qui la valeur brille, en qui l'amour veut naître,^ Qu'il sera séduisant sous vos traits!
FLORISE
Oui.— Peut-être. HARDY, s'animant.
Excepté vous, qui donc en cet âge moqueur
1(58 Florise.
Eût pu nous faire voir l'amazone au grand cœur, Échevelée au vent, dans les fleuves trempée, Qui sous l'ardent soleil fait luire son épée ; La vierge pure aux yeux profonds, qui sur son flanc Serre dans les combats le grand arc teint de sang? Oh ! vous seule, des temps renversant la barrière. Vous saurez évoquer cette grande guerrière !
FLO RI SE
Il se peut.
HARDY
Ses bras fiers, en leurs rébellions Ainsi que les héros ont vaincu les lions ; Elle est rude et superbe, et la bataille obscure A peur du vent de feu qui tord sa chevelure; Mais tout à coup, celui qui meurtrit le vautour Et le tigre, le seul victorieux, l'Amour La prend, et fait trembler sa main encore humide. La guerrière devient une femme timide ; Ses yeux cruels et froids comme des oiseleurs, Apaisés maintenant, se remplissent de pleurs! Dites, ce triomphant passé qu'un souffle emporte, C'est beau, n'est-ce pas ?
FLORISE, d'mi ion glacé.
Oui, c'est très-beau.
Avec impatience.
Que m'importe
HARDY, stupéfait.
Que vous importe! Allons, je suis fou. Depuis quand