Acte III, scène I
PYM ANT E
Nous voilà, sans vous, redevenus Des farceurs!
ROSIDO R.
De nnéchants histrions demi-nus, Dont nul château ne veut, que nul seigneur ne fête, Sans honneur, sans espoir, et bientôt sans poëte !
JODEL ET.
Oh! n'abandonnez pas votre pauvre troupeau. Qui bientôt n'aura plus que les os sur la peau, Et qu'on verra longeant les murs dans la nuit brune. Ainsi qu'un tas de gueux errant au clair de lune!
FLORIS E, d'abord très-émue, et s' efforçant de rester maîtresse d'elle-même.
Qu'il est triste, le soir qui tombe, et nous sourit ! Je vous quitte, il est vrai, pour un temps. Mon esprit Lassé de tant d'efforts et brisé par l'étude. Veut chercher le repos dans quelque solitude.
JOD ELET.
Ah! cruelle!
FLORIà E.
Cessez de m'affliger ainsi!
Votre art ne peut mourir, et sans moi, Dieu merci, Ne sera pas haï du peuple ni des princes; Il doit prétendre encore à ravir nos provinces. Car l'envie à présent ne saurait l'étouffer. Et vous pouvez sans moi désormais triompher.
i/B Florise.
Alexandre Hardy pour la France virile A réveillé la lyre orageuse d'Eschyle, Et le glaive tragique aux feux sanglants et clairs Brille en ses fortes mains, environné d'éclairs. Pour charmer la patrie, à les admirer prête, Ses vers n'ont plus besoin de leur humble interprète, Et c'est assez pour eux qu'à leurs accents vainqueurs Vous prêtiez les élans généreux de vos cœurs. Allez donc, sans moi, suivre une route si belle. Sans doute à vous quitter mon cœur longtemps rebelle A combattu, mais un destin plus fort que moi Me terrasse vaincue et m'impose sa loi. Oui, comme vous l'a dit madame Célidée, Un mal profond, par qui je me sens obsédée Et qui depuis longtemps brise mon front pâli, Me contraint de chercher le silence et l'oubli. Oh ! quand je vous suivais dans vos courses lointaines. Folle, errante, etbuvant comme vous aux fontaines, Je me croyais liée à vous, et pour jamais ! En renonçant à ceux qu'en ce temps-là j'aimais. Hélas ! que j'aime encor, la tristesse m'accable. Mon parti cependant est pris, irrévocable. Voilà pourquoi je veux dérober si je puis A vos yeux, ce poignant regret, dont les ennuis Contre mon abandon vous donneraient des armes, Et je vous quitte, enfin, pour vous cacher mes larmes. Elle sort.