Acte III, Scène IL i«S
Soyons nets, je nous vois de pain déshérités. Car — ne déguisons pas les saines vérités, — Nous sans Florise, c'est une troupe sans femme.
Eh bien, et nous ?
JODELET
Je tiens pour vil qui vous diffame, Car sans doute on put voir en tous lieux adorés Les yeux noirs d'Amarante et vos cheveux dorés ! Pourtant, vous ferez bien dechercher quelque prince Qui vous épouse ; —
L u c I N D E, riant.
Bon!
JODELET
Puis, dans quelque province Pymante fondera le cabaret du Nez Flamboyant. Rosidor, aux élans acharnés, Conquerra, s'il le veut, l'Egypte et la Médie. Moi, je mourrai. — Quant à jouer la comédie Sans Florise, meurtris par cet exil amer, •
Autant vaudrait courir à cheval sur la mer, Ou mettre trois refrains dans une villanelle. Ou marier Vénus avec Polichinelle, Ou bien vouloir aller au bal chez un pendu !
A Hardy.
Qu'en dites- vous?
i86 Florise.
H A R D Yj après avoir songé.
Je dis que tout n'est pas perdu Peut-être !
JODELET
Se peut-il?
HARDY
Je médite une chose Favorable au dessein qu'ici je me propose. Qui sait? Mon projet doit réussir. Oui, pardieu ! Nous n'arracherons pas Florise de ce lieu Où son amour la tient si follement captive ; Mais, comme un trait demeure en la blessure vive, Nous pouvons dans son âme, insensible à présent, Lui laisser un regret amer et si cuisant Qu'il la ramènera suivre notre fortune ! Au moment départir, je veux ménager une Représentation improvisée ici Devant nos hôtes, sous ces arbres que voici, Mais — sans Florise !
PY MANTE, suivant la pensée de Hardy.
Bien!
HARDY
A cette heure elle oublie Le théâtre et tous les prestiges de Thalie; Mais quand elle entendra, sous ces feuillages verts, Autour d'elle, éclater la tempête des vers Tragiques, excitant, comme une douce pluie,