Acte III, Scène III
Je vous ai cru.
HARDY
Voici que cet autre me vole Mon trésor, à présent. Tant pis, vous étiez folle. Je parle, tu le veux, Florise, en quel moment! J'ai l'air de regretter mon actrice. Ah ! vraiment Je n'ai guère souci de cela.
FLORIS E
J'ai pu croire Cependant que j'étais utile à votre gloire.
HARDY
La gloire ?Une fumée, un mot. Je suis jaloux! Et le reste n'est rien. Ma gloire, c'était vous ! Lorsque je les lirais de moi, ces créatures Vivantes, — comme vous si belles et si pures, — Je ne pensais, toujours épris de songes vains, Qu'à tracer d'après vous mille portraits divins ! Oui, créer à nous deux, hélas ! joindre nos âmes. Mêler nos deux esprits au sein des mêmes flammes Avec des voluptés dont mes rêves s'effraient, Songer à chaque instant que tes lèvres diraient Chaque mot que pour toi je crée avec délice : Voilà donc quels étaient ma joie et mon supplice! Le ciel t'avait donné du génie, en effet.
FLORISE, Iriitement.
Peut-être.
ipa Florise.
Mais c'est moi qui jour à jour ai fait Ton merveilleux talent que l'univers admire ! Oui, c'est moi qui l'ai fait vivre avec mon délire, Avec ma propre vie, et j'en étais joyeux !
FLORISE
Eh bien ne l'ai-je pas employé de mon mieux Au profit de vos vers, pour qu'à jamais fleurisse Votre renom toujours plus fameux ?
Oui, l'actrice Était sublime ! — Sombre, échevelée, en pleurs, Quand tu rendais si bien leurs tragiques douleurs, La foule s'écriait, prise à notre folie : Voilà bien Mariamne et voilà Cornélie, Et frémissait de rage ou pâlissait d'effroi. Mais moi, Florise, moi, je ne voyais que toi ! Je voyais ta prunelle oîi la flamme repose, Ces cheveux, cette lèvre en feu, terrible et rose; Et, de mille désirs tout saignant et meurtri, Quand je venais te dire après : Je suis guéri, Ton amitié, voilà le lot que je préfère, — Folle, tu me croyais! Que fallait-il donc faire. Alors qu'un mot de toi faisait évanouir Mon courage?
FLORISE
Il fallait me convaincre ou me fuir.