‹ Comédies (volume 3)Chapitre 126 sur 229 · Acte III, Scène III · texte numérisé non relu

Acte III, Scène III

Celui qui se désole est, je pense, un pauvre homme; Mais le sage, voyant qu'il faut la perdre, en somme. Rit, et la sait gaiement arracher de son cœur !

Cher poëte, à quoi bon prendre cet air moqueur ? A sa manière aussi l'ironie est morose. Si vous trouvez amer, comme je le suppose. De nous quitter si vite, et de nous dire adieu Sans avoir eu le temps de nous rasseoir un peu, Il fallait bien plutôt, — ce n'est pas une affaire, — Demeurer quelques jours ici.

HARDY, éclatant.

Moi! Pourquoi faire?

Pour voir un autre amant tout près de vos cheveux Soupirer, et tout bas vous dire ces aveux Qu'on écoute en silence et que la brise emporte? Je resterais pour voir cela?

FLORISE

Que vous importe !

HARDY

Dieux ! — Que m'importe ! — Ah çà ! mais vous ne comprenez

Donc rien ! Vous êtes donc bien aveugle ! Tenez, #

Puisqu'elle me déchire, il faut que je vous dise

La vérité. Vraiment, vous l'entendrez, Florise.

Écoutez, je vous aime et comme au premier jour.

Follement, ardemment, lâchement. Cet amour

Me brûle. J'avais beau prendre un masque impasssible.

Je m'en nourris, j'en vis, j'en meurs.

iço Florise.

Est-ce possible?

Tu le sais bien. Peux-tu te tromper à ce cri De mon cœur? Ah ! c'est vrai, j'ai dit : Je suis guéri ; Je mentais. Oui, j'ai fait un mensonge vulgaire Pour te rassurer.

FLORISE

Vous !

Je répétais naguère, Par le rayonnement de vos yeux ébloui : Je vous aime à présent comme un frère. — Ah ! bien oui ! Quand je parlais ainsi, brillé de mille fièvres, J'aurais voulu coller ma bouche sur tes lèvres, Et, mordu par les traits dont tu me déchiras. Comme un trésor volé t'emporter dans mes bras!

FLORIS E

Tant pis, je vous ai cru.

Vous étiez donc bien folle Alors, quand près de vous mes regards, ma parole. Mes silences mortels, mes longs enivrements Et ma gaîté d'emprunt, tout disait que je mens!

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