‹ Comédies (volume 3)Chapitre 129 sur 229 · Acte II f, Scène III. ips · texte numérisé non relu

Acte II f, Scène III. ips

Moi le luth ému, toi l'impérieuse voix; Puis, lorsque sur mon cœur, après la comédie, Tu tombais, tout en pleurs, triomphante, applaudie Et mourante, ployant craintive sous l'effroi Du Dieu, réponds, alors n'étais-tu pas à moi?

FLORI SE

Oui, c'est vrai.

Souviens-toi ! Quand l'âme de la foule A notre voix, ainsi qu'un torrent qui s'écoule. Débordait et faisait frissonner nos genoux, Dis si la foudre alors, tombant du ciel jaloux. Aurait pu frapper l'un de nous sans tuer l'autre!

F L G R I s E, comme fascinée, et presque penche'e sur Hiinîy,

Oui, cette âme exaltée et pénétrant la nôtre Nous emportait bien loin de l'humaine prison! Tremblante, je sentais vaciller ma raison, Et tout mon être alors, brisé dans le délire Des applaudissements, vibrer comme une lyre. Le rhythme de tes vers guidait les battements De mon cœur; je puisais mes secrets sentiments Dans ton poëme, sourde aux voix de la nature. Oui, j'étais bien ta chose alors, ta créature! Un pauvre être docile à ta voix asservi, Et tu pouvais me prendre, et je t'aurais suivi Sans mot dire, comme une esclave émerveillée!

iç6 Florise.

HARDY, attirant Florise â lui avec passion.

F 1 0 R I s E^ revenant à elle et se dégageant par un effort soudain.

Il est trop tard. Je me suis éveillée. Ton amour idéal m'effraye et me confond. Je n'en veux plus! Je fuis dans un calme profond Nos travaux qui brisaient ma jeunesse abattue, Et toi-même, et ton art dévorant qui me tue!

HARDY, avec feu.

Tu ne peux pas le fuir! Il te faut, comme à moi. Les chimères, l'essor vertigineux, l'émoi Du rêve. En toi, ma sœur, vit un esprit de flamme. S'il ne peut ressaisir sa proie, et s'il réclame En vain les fictions dont tu le nourrissais. Il te consumera toi-même, tu le sais.

Le breuvage qu'il aime et qui le rassasie, Ce n'est pas l'endormant Léthé : c'est l'ambroisie! Viens. Suis-nous.

FLORISE

Laisse-moi. Je veux rester ici, Près d'Olivier.

HARDY, apercevant Olivier.

Sois donc heureuse, le voici.

Oui, c'est bien lui, c'est ton geôlier, pauvre hirondelle Captive!

FLORISE

Plus un mot.

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