SCENE IV
OLIVIER, CÉLIDÉE, SYLVAIN, LES Comédiens sur le coteau.
OLI VI ER
Ah! Florise! Elle part. Que ferai-je, dis-moi, Sans elle!
SYLVAIN, avec une mâle gaieté'.
S'il vous plaît, aux côtés du bon roi Henri, comme du temps de monsieur votre père, Nous bataillerons! — Quand, pendant un jour de guerre, Il avait, son épce au poing, comme un luron, Fait le diable à côté de monsieur dj Biron, Si quelque lansquenet, fuyant dans la rafale, Le visait, et trouait son pourpoint d'une balle. J'avais beau dire : Allons, monsieur, il faut panser Cela! Bah! sans vouloir seulement y penser. Votre père piquait des deux, l'âme ravie, •
Et, 82 mettant à rire, il disait : C'est la vie!
Pendant le morceau suivant, dit par Cclidée, on voit défiler lentement sur le coteau, d'abord Jodelet seul marchant avec de grandes enjambées, puis Rosidor prenant des airs gracieux entre Amarante et Lucinde, puis Hardy causant avec Pymante ; enfin tous les comédiens, excepté Florise.
Florise.
CÉLIDKK, à Olivier.
La vie ! — Elle ressemble à ce jour, dont tu vois Tomber le soir tremblant sur la cime des bois! Au matin, sous la douce aurore qui l'effleure, Le fier jeune homme voit venir vers sa demeure Les Illusions, puis l'Amour, l'Espoir vermeil Et les Passions, groupe adorable et pareil A ces gais histrions qui, la lèvre entr'ouverte, Sont descendus vers nous de la colline verte! Tous ces hôtes sont fous, riants et querelleurs; Les uns portent des luths et des chapeaux de fleurs ; Les autres laissent voir la tristesse suprême Sur leur bouche de rose, et murmurent : Je t'aime ! Mais lorsque le soir vient, quand le jeune homme est vieu> Quand sa vie, hélas! proie offerte aux envieux. S'efface, quand son front a pâli sous l'étude, Il reste face à face avec la solitude. Et voit passer, conduits par l'antique Destin, Sur le même coteau, ses hôtes du matin. Mais lassés et vieillis, l'un emportant son masque Et l'autre son couteau. Dans la brume fantasque Le groupe rayonnant disparaît et s'enfuit; Et lui qui voit pâlir ses Rêves dans la nuit, Il leur crie, abattu, mais l'âme encore éprise : Adieu, Bonheur! Adieu, Jeunesse!