‹ Comédies (volume 3)Chapitre 144 sur 229 · Scène I · texte numérisé non relu

Scène I

Tirant la pomme du filet où elle est contenue. En ce moment encor je vais porter ceci : Une pomme. Tout près. Rien qu'à Sparte ! merci, A Sparte ! Oui, Jupiter l'envoie. .. « A la plus belle ! » C'est-à-dire à la reine, hier encore rebelle. Qui, ce matin... Léda trouva ce damoiseau Plus tendre, j'imagine, en figure d'oiseau! Donc, j'arrivais à peine, il faut que je reparte. Il faut porter la pomme à la reine de Sparte !

Avec indignation.

O misère! Je vis dans un monde enchanté Où toute forêt cache une divinité.

Où la Naïaie rit dans chaque source pure. Où la Dryade jette au vent sa chevelure. Où les Nymphes en chœur sur le mont escarpé Mènent leur danse agile, et toujours occupé A conter de la part des Dieux le même conte, Je n'ai pas le temps d'être amoureux pour mon compte !

Avec résolution. Eh bien! si! Le coureur se révolte. Je suis Amoureux fou. D'Hébé. Mais plus je la poursuis, Plus elle fuit, ou bien elle m'envoie à droite, A gauche, sans repos. Oui, cette Nymphe adroite * Me fait trotter, courir, Dieux ! — Pourquoi suis-je ici, A Cythère? Le fait doit vous être éclairci. Mais, quand je l'aurai dit, comme l'on va se rire De ma crédulité ! Je viens, c'est du délire! Dans le frivole espoir... d'un rien, d'un rendez-vous Avec Hébé, je viens, mais quoi ! nous sommes tous Plus ou moins fous, je viens... dérober la ceinture

2jo La Pomme,

De Vénus! O l'étrange et l'absurde aventure!

On peut voler un astre au ciel, on peut vouloir

Faire taire une femme ou rendre un cygne noir ;

Emprisonner la mer d'azur dans la corbeille

D'une Nymphe, ou bien suivre en courant une abeille,

On le peut ; mais voler cette ceinture, non !

Or, voici l'incident qui se produit : Junon

Cherche à reconquérir son époux infidèle.

Qui depuis trop longtemps fait le cygne loin d'elle !

Mais pour mener à bien cet honnête roman.

Il lui faut, (dit Hébé,) le divin talisman

Auquel rien ne résiste, en un mot, la ceinture

Dont Cypris elle-même enchante la nature!

Sans doute, on lui dirait eu vain : Prête-nous-la!

Cypris ne prête plus cette ceinture-là.

Mais si je puis l'avoir par force ou par adresse,

Hébé, si dévouée à sa bonne maîtresse,

Me promet que mes vœux, jusqu'à présent déçus,

Se pourront voir...

Avec fatuité.

Je dois me taire là-dessus !

Même, tout est prévu I si Junon d'aventure Réussit sans avoir besoin de la ceinture, La promesse d'Hébé tient encore, et je suis Averti, car Junon, dont on sait les ennuis, A pour premier souci, lorsque Jupiter l'aime, De l'annoncer au monde, en faisant elle-même Parler la foudre avec un accent souverain. La foudre gronde alors au front du ciel serein, Rajeunissant la terre et la vague profonde,

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