THÉTIS, ACHILLE
ACHlLLEj continuant.
Quoi donc ! moi dont les premiers jeux Furent de terrasser, dans les antres neigeux, Des louves, et qui fus instruit par le Centaure A faire voir mes bras tout sanglants à l'aurore ! Moi qui perçais les ours de mes flèches d'airain l Moi qui sous le grand ciel redoutable et serein, Dans mes deux mains d'enfant encore toutes petites Emportais, pour jouer, les maisons des Lapithes, Et qui pour rafraîcliir mes yeux jamais lassés. Baignais mon large front dans les fleuves glacés. Je me résoudrais, moi que le carnage affame, A porter lâchement des parures de femme! Héros, je descendrais à des calculs si bas ! Tu me veux, disais-tu, garder pour les combats ? Une telle prudence, ô Reine, est trop subtile. Et ne conviendrait pas à la mère d'Achille. Que, portant la cuirasse et le casque mouvant, Je succombe avec Troie, ou meure auparavant, La Mort, dont j'attendrai la blessure inconnue, Dès qu'elle paraîtra, sera la bien venue. Le laboureur obscur peut fuir ses sombres yeux ; Mais les jeunes héros de la race des Dieux Doivent, comme au-devant d'une amante fidèle, Sitôt qu'elle apparaît, courir au-devant d'elle.