Acte I, Scène VIII
ACHILLE^ amoureusement.
Deïdaraia !
Viens ici. Plus près encor.
Je veux baiser ce front de guerrière indocile, Iphis !
Achillh s'agenouille devant Deidamia qui le baise au front.
ACHILLE se relevant. — Avec transport. Je ne suis pas Iphis! Je suis Achille!
DEIDAMIA.
Dieux !
ACHILLE
Oui, je suis ce chef choisi par le Destin Pour abattre Ilios, et qui, dès le matin De ma vie, entouré de mille funérailles. Dois tomber dans ses champs et devant ses muraillles. Pour éloigner ce jour qui cause son souci, Ma mère près de toi vint me cacher ainsi, Et certes j'aurais fait des choses encor pires Pour vivre, fut-ce un jour, dans l'air que tu respires ! Mais à présent que sous le ciel, pour m'embraser Ta rouge lèvre a mis sur mon front ce baiser. Je courrai vers la Mort pourprée, altéré d'elle! Car quel rêve atteignant les astres d'un coup d'aile, Vaudrait pour moi l'instant céleste où dans ce lieu, § Ta bouche avec son souffle adoré m'a fait Dieu ! Oh ! que les Lyciens, que tous les Priamides Viennent, précipitant leurs pas de sang humides.
288 Deîdamia.
Et que je voie autour de mon front souverain
Le grand vol furieux des javelots d'airain !
Qu'un tas de guerriers morts devant moi s'épaississe,
Et tombant à mon tour, que la Moire obscurcisse
Mes yeux, dans ce tumulte et parmi ces rumeurs !
deîdamia, défaillanle. Avec amour.
Ne parle pas ainsi, car si tu meurs, je meurs.
ACHILLE, transporté de joie.
Qu'en tends-je!
deîdamia.
A l'heure même où nous nous rencontrâinei N Le même trait de flamme a brûlé nos deux âmes.
ACHILLE
Oh ! s'il en est ainsi, vers les sanglants périls Je marcherai, plus fier que les Dieux, dussent-ils Éblouir de leurs feux mes yeux visionnaires. Et faire sur mes pas éclater leurs tonnerres ! O Deîdamia, chaste fille de roi !
Je sens bondir d'amour et bouillonner vers toi. Dont le regard d'argent ressemble aux nuits sereines, Chaque goutte du sang qui frémit dans mes veines!
Voyatit que Deîdamia s'incline, pâle et languissante. Mais qu'as-tu? sur tes yeux tremblants et demi-clos Passe un voile, ta lèvre étouffe des sanglots, Et fait voir, douce fleur que la pourpre déserte, La pâleur de la mort sur ta bouche entr'ouverte! A ce moment, Lycomède sort de la maison, s'arrête au fond
de la scène, et sans être vu, assiste à l'entretien de
Deîdamia et d'Achille.