‹ Comédies (volume 3)Chapitre 182 sur 229 · Acte I, scène VIII · texte numérisé non relu

Acte I, scène VIII

DEÏDAMIA, avec mélancolie.

Heureux les époux rois assis dans leur maison, Qui voient tranquillement s'enfuir chaque saison, L'époux tenant son sceptre, environné de gloire. Et l'épouse filant sa quenouille d'ivoire! Mais le jeune héros qui, le glaive à son flanc. Court dans le noir combat, les mains teintes de sang, Laisse sa femme en pleurs dans sa haute demeure.

ACHILLE

Les Dieux ne voudront pas sans doute que je meur Si tu m'aimes! L'amour est plus fort que la mort.

DEÏDAMIA.

Hélas! rien ne prévaut contre l'arrêt du sort.

Mais, si l'ombre déjà baigne ta chevelure

Et si tu dois tomber sous une flèche obscure, —

Esclave du destin qui te sacrifia.

Laisse, laisse du moins ta Dcïdamia

Qui sera veuve, hélas ! avant que d'être épouse.

Te prendre quelques jours à l'amante jalouse

Vers laquelle tu cours au rivage Troïen!

ACHILLE

O Deïdamia ! tête chérie! — Eh bien,

Viens d'abord nous jeter aux genoux de ton père!

Que sa pitié m'accueille, ainsi que je l'espère.

Chère âme, ou qu'il me faille, errant, porter mes pas

Loin de ton île heureuse, il ne me convient pas

D'abuser ce héros divin par quelque ruse.

Que sa bouche, d'ailleurs, me condamne ou m'excuse,

290 Deïdamia.

Il me tarde, ea mon cœur, de quitter promptemenl Ces parures d'emprunt et ce déguisement. Allons donc sans retard, car ce souci me presse. Supplier le Roi !

lYCOMÈDE, s'avauçant, à Achille.

Sage enfant d'une Déesse, Le Roi vous entend.

DEÏDAMIA, tombant aux pieds de Lycomêdc. Sois secourable pour nous, Mon père ! Vois, j'embrasse en pleurant tes genoux, Car ce fut pour Thétis une invincible joie De m'offrir au cruel Amour, comme une proie.

LYCOMÈDE, à Deidamia.

Deïdamia, viens, heureuse, dans mes bras, Et relève ton front !

A Achille.

Achille, tu seras Mon fils. Donc évitons toute parole amère. Car il suffit du sang illustre de ta mère Pour qu'à ton nom tout cède, et dans tes yeux de feu Eclate assez l'audace et la fierté d'un Dieu. Cependant, obéis à ta mère divine!

Etouffe la fureur qui briàle ta poitrine. Bientôt les Danaens jaloux t'emmèneront.

Jusque-là, que ces clairs joyaux cachent ton front, Car il faut que pour tous tu sois Iphis encore ! Il est prochain, ce jour à la sanglante aurore Où tu redeviendras pour tous Achille; mais,

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