Acte I, scène VIII
Avec exaspération.
J'aurais attendu, mais Hélas! n'être jamais aimé, jamais, jamais ! C'est affreux! Le crapaud lui-même a sa femelle. Pourtant, ô solitude amie et fraternelle. Buissons ! que cela doit être bon de pouvoir Croquer à belles dents ces fillettes! de voir Le sourire qui sur leur lèvre en feu va naître! De leur dire tout bas : « Je t'aime! » d'être maître De leur petit bras blanc et de leur joue en fleur. De leur petite main si mignonne, de leur...
Entendant du bruit sous le feuillage.
Silence ! quelqu'un vient par là. Non, je me trompe. Quand mon cœur batainsi,j'ai peur qu'il nese rompe! lanthé ! Nisa ! Doris! Enyo! j'en connais De ces oiseaux de neige... Ah! si je les tenais! A ce moment, Eunice entre pensive, plongée dans une rêverie profonde, et se parle à elle-même, sans voir Gniphon qui la dévore des yeux.
EUNICE, se parlant à elle-même.
Il la nommait son coeur, son trésor, son amante. Maintenant ma Glaucé gémit et se lamente. Et Diane l'exile à jamais. Pauvre sœur! Je la perds. Tout cela pour ce jeune chasseur. Je voudrais seulement le voir sans être vue. Et puis je m'enfuirais. Une peine inconnue Me tourmente, je ris, je me laisse enivrer Par le parfum des fleurs. Oh ! c'est bon de pleurer! Elle cherche du regard et du geste dans tous les buissons.
Il n'est plus là. Cherchons encore.
Diane au bois.
G N I p HON, regardant Eunice.
Quelle aubaine!
Quinze ans, des mains de lys et des cheveux d'cbène! Eunice sort cl Gniphon va pour s'élancer vers elle, mais au même instant entre Mcllte de l'antre côté de la scène. Sa pantomime exprime qu'elle est animée des mêmes sentiments que sa sœur. Comme elle, elle cherche daus les buissons et sous les ombrages le jeune chasseur qut a causé le malheur de Glaucé.
M ÉLITE, se parlant à elle-même.
Cherchons bien.
GNIPHON, apercevant Mélite.
Des cheveux couleur d'or et de miel !
Mélite sort et Gniphon va pour la poursuivre, mais il hésite entre Eunice et Mélite, et regarde alternativement les deux chemins par oit les Nymphes ont disparu.
Ici l'enfer m'attire, et par là c'est le ciel Qui s'ouvre. Par ici la brune, ici la blonde. Il faut ourdir un plan dans ma tête profonde. Montrons, il en est temps, le coup d'oeil d'un gerfaut ! Une fée! un démon! deux femmes! Il m'en faut Une, en dépit des Dieux, et malgré leur séquelle. Où les poursuivre? A droite? àgauche ? Vers laquelle Irai-je? Vers la blonde. Elle a les bras plus ronds. Mais la brune pourtant...
Afélite paraît de nouveau, laissant voir seulement sa te le entre les feuillages, et disparait rapidement, comme dans un éclair .Gniphon s'élance du côté où a paru Mélite.
J'en tiens une. Courons!