‹ Comédies (volume 3)Chapitre 3 sur 229 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

GNIPHON.

Le bon tour ! O doux vin par le soleil moiré. Sois tranquille, je t'ai volé, je te boirai !

Au public.

J'ai dans un antre obscur trouve le vieux Silène

Diane au bois.

Ivre et gisant ; le bruit rauque de son haleine Faisait fuir les oiseaux, du chasseur épiés. Je m'avançai vers lui sur la pointe des pieds : L'héroïque vieillard dormait comme une poutre, Je lui pris cette flûte, et lui volai son outre. J'engloutirai le vin et je jouerai des airs ! Buvons d'abord. Le vin charme ces lieux déserts, Et la gaîtô par lui dans ces forêts séjourne. Tiens, voilà du nouveau ! le peuplier qui tourne ! Et le Soleil qui danse en portant son flambeau ! Je suis brave, je suis glorieux, je suis beau ! Pourquoi nepuis-je pas me faire aimer des femmes? C'est la faute des Dieux ; les Dieux sont des infâmes, Qui me font ce loisir d'amour exagéré : Ils m'ont jeté des sorts, mais je me vengerai ! Souvent sur ces hauteurs, où derrière eux je grimpe, Ils viennent oublier les galas de l'Olympe, Et, comme un histrion qui descend du tréteau, Ces grands seigneurs du ciel cherchent l'incognito ; Mais on les reconnaît toujours à quelques signes ! Je leur veux, dès ce soir, jouer des tours indignes. Buvons. Je charmerai les Nymphes par mon chant. Et vous, les Immortels, prenez garde!

Pendant les derniers vers de ce monologue, Gniphoii, tout à fait ivre, s'est laissé tomber sur Je gazon, où il s'endort profondément. Entre Eros, sans carquois, sans bandeau, sans ailes, enfin sans aucun des attributs mythologiques de l'Amour, mais vêtu en jeune berger à blonde chevelure, avec panetière et houlette. Il a entendu les démines paroles de Gniphon.

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