Acte II, scène II
Tu railles mon veuvage affreux et mes ennuis ! Parce que ta Diane errante, que tu trouves Si belle, met à mort des biches et des louves, Parce qu'elle s'en va les pieds nus dans le thym, Parce que ta Déesse aura dès le matin Mis sa robe couleur de rose ou Heur de soufre, Il faut que j'en pâtisse! il faut moi, que j'en souffre ! Si n'ayant rien aimé, vierge au sourire amer, Elle cache en son cœur les neiges de l'hiver, Est-ce ma faute, dis, méchant Amour ? C'est elle Qui t'a chassé, pour rien, pour une bagatelle, Et qui te hait. Je vis pauvre sous mon tilleul, Triste, dédaigné, fauve, horrible, et je suis seul Quand tout renaît, au mois délirant de la sève : Je ne te dis plus rien, mais laisse-moi mon rêve !
ÉR G s.
Gniphon !
G N I P HO N, voulant partir.
Adieu.
Je puis te consoler.
GNIPHON, avec amertume.
Merci !
Désarme ta Diane, objet de ton souci.
Laisse-moi.
ÉROS
Si pourtant je cède à tes reproches ?
GNIPHON.
Point d'affaire. Je crains les présents de tes proches.
So Diane au bois.
J'ai voulu voir de près les Dieux, je m'en repens, Et je retourne avec les loups et les serpents. Pourquoi me voudrais-tu du bien ? Quel est mon crime '. Celle qui t'a chassé du grand festin sublime, C'est Diane. Ce bois farouche est ma prison. Donc, ne me verse pas ton miel et ton poison. Lâche Amour, si tu veux chérir ce qui t'abhorre, Retourne au bois, leurs cris y résonnent encore. Et suis parmi l'horreur du meurtre et du trépas Celle qui pour-te fuir précipite ses pas. Ta Déesse a la haine au cœur bien affermie : Va la fléchir !
// sort.