Acte II, scène IV, S
Entends les rossignols qui chantent leurs amours!
Entends : l'herbe et la mousse ont de charmants discours
Vois dans l'immensité souriante et sereine
Les astres ; c'est l'amour vivant qui les entraîne.
C'est par lui que la rose, âme des nuits d'été,
Ouvre son grand calice ivre de volupté.
V^ois sur le ruisseau clair et sur les eaux stagnantes
S'agiter par essaim des ailes frissonnantes ;
Elles savent pourquoi tout s'embrase, et l'amour
Leur a dit que le mois des fleurs est de retour.
Vois briller la rosée, et sur les herbes folles
Étinceler le corps doré des lucioles
Qui rhythment les sillons de leurs ailes de feu.
Une lueur d'argent enveloppe l'air bleu.
Et tout te dit d'aimer et tout te dit de vivre.
Et cette ombre et l'odeur des feuilles qui t'enivre,
Et la rose qui trône au milieu de sa cour.
Ces pleurs, ces bruits, ces voix, ces parfums, c'est l'amour !
Je t'aime !
DIANE, tremblante.
Endymion, ne me dis plus ces choses !
Je t'aime! Ce baiser qui de tes lèvres roses Voltigea sur mon front tandis que je dormais. Chère âme, laisse-moi te le rendre !
DIANE, faiblement.
Jamais !
Je ne veux pas.
6o Diane au bois.
EROS
L'amour pour l'éternité lie Nos âmes.
DIANE
Laisse-moi partir, je t'en supplie.
Dis, par pitié !
É ROS
Vois-tu, l'amour seul est divin, Et gloire, autels, rayons, lauriers, le reste est vain.
DIANE, presque vaincue.
Non, tais-toi.
L'amour seul est doux, ma bien-aimée.
Tu soupires !
DIANE , voulant s'enfuir.
Adieu.
ÉROS, prenant la main de Diane et en même temps embrassant amoureusement sa taille.
Vois, ta main désarmée Brille et tremble; ton sein frémit; tes yeux errants S'alanguissent, voilés de larmes et mourants ; Tu te sens défaillir et le sang abandonne Ta lèvre pâlissante. O fille de Latone, Ta voix harmonieuse est comme un chant d'oiseau ; Ton col penche, lassé; ta taille de roseau Sur mon bras glisse et ploie ainsi qu'une liane : C'est l'amour!