‹ Comédies (volume 3)Chapitre 38 sur 229 · Acte II, scène IV · texte numérisé non relu

Acte II, scène IV

DIANE

Fuis-moi, cruel enfant. Oublie Tout, mes pleurs, mes sanglots, mon crime et ta folie Une autre, quelque reine, enfant thessalien. T'aimera, jeune, libre, hélas ! de tout lien, Et plus belle que moi.

ÉROS

Toi seule es à la taille De mon cœur ! Où te fuir, dis? Où veux-tu que j'aille Pour oublier? Quels pleurs de la nue éteindront Le feu de ton baiser, qui brûle encor mon front Tout parfumé du souffle adoré de ta bouche ? Dis, quel antre assez noir et quel désert farouche Éteindra dans son ombre où nul n'a pénétré L'ardente soif d'amour dont tu m'as altéré ?

DIANE

Eh bien, je quitterai ces forêts, mon asile. Ces chers abris sacrés, c'est moi qui m'en exile !

Non, où tu t'en iras, je m'en irai ! Je suis L'ombre de ta pensée avide, et je te suis ! Je te suis ! si tu vas sous les vagues humides Au fond des palais verts où sont les Néréides, Je te suivrai dans l'onde où les gouffres amers Se plaignent ! Si tu vas jusque dans les enfers. J'irai, tenant la lyre, et pour le roi barbare Mêlant ma strophe en pleurs aux sanglots du Tartarc' Et si, lançant dans l'air ton vol démesuré. Tu t'en vas jusqu'au fond de l'éthcr azuré

$8 Diane au bois.

Où ruissellent, parmi l'immensité perdues,

Les étoiles, comme un lait divin répandues,

3 'irai devant les Dieux enivrés de nectar

Me coucher sous la roue ardente de ton char !

Tu vois que je suis fou ; tu m'entends, je blasphème !

Frappe. Venge-toi.

DIANE

Non, malheureuse, je l'aime !

ÉROS

Diane !

DIANE, luttant contre elle-même.

Mais je veux étouffer dans mon sein L'hydre qui le déchire et l'amour assassin ! Aimer! Qui? Moi la Nymphe auguste aux bras d'ivoire! Moi la guerrière, ô Dieux ! je flétrirais ma gloire! O Thessalic en deuil, j'ai tant de fois juré Par le Cnémis oîi gronde un vent désespéré, Et par la grande nuit où le Titan se cache. Et par l'CEia couvert d'une neige sans tache, J'ai tant de fois juré de garder endormi Le soupir do mon cœur, et de rester parmi Les noirs Olympiens, en proie aux bacchanales, Pure et blanche au milieu des splendeurs virginales!

Avec une sombre rêverie.

Et que de fois au ciel errant et voltigeant. Ma pensée a juré par les astres d'argent Calmant à leur douceur mes peines assoupies, De rester un lys froid comme eux !

F. ROs, avec feu.

Serments impies !

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